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La vérité qui devait, après la guerre, surgir victorieuse, tirée du sépulcre où la fausseté et la veulerie des hommes l’avaient reléguée, dans quel puits se cache-t-elle aujourd’hui? Nous la cherchons et ne la trouvons pas! Faut-il l’inscrire, comme sur les champs de bataille, parmi les «disparus» puisqu’à l’appel désespéré de ses fervents adorateurs, elle ne répond pas: «Présente!»
Pour ceux qui avaient confiance, pour les optimistes qui avaient espéré sa résurrection prochaine, le désappointement est amer. Les autres, ceux qui, à coup de grosse caisse, avaient inscrit son nom en vedette sur leurs drapeaux, ne cachent plus aujourd’hui leur sourire dédaigneux pour les ingénus qui avaient cru de bonne foi à la mensongère devise.
La Fontaine, dans une de ses Fables, nous montre le plus sincère et le plus modeste des animaux de la création condamné à payer pour tous... L’histoire, comme la Fable, se renouvelle continuellement.
Mais il est dangereux d’insister sur les points noirs des événements contemporains: cela est contraire à cette vertu du silence que nous devons apprendre à pratiquer. Il est évident que les paroles inutilement prononcées pendant quatre années et demie de guerre et plus de trois ans de paix, ont nui à la restauration de la vérité dans le monde.
Elle ressuscitera cependant. Plus on voudra l’étouffer, l’écraser, la railler, plus puissante elle s’affirmera un jour; mais pour arriver à ce jour il faudra souffrir encore. Essayons au moins d’en accélérer la venue et de ne pas retarder, par d’imprudentes paroles pessimistes, son avènement dans le monde. Évitons soigneusement ce qui est propre à semer la discorde, à aigrir les cœurs, à décourager les bonnes volontés.
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Entendons-nous! Limiter nos paroles, et réfléchir à leurs conséquences ne signifie point s’isoler, cesser d’écouter, de veiller et d’être prêt à intervenir pour protester utilement. «On devrait bâillonner la presse», dira-t-on; mais la presse, qui ferait bien, certes, de se museler un peu elle-même, a une autre tâche à remplir que les individus! Elle doit informer largement le public des diverses tendances, des divers bruits, des diverses nouvelles qui courent. Ce devoir d’informateur n’incombe pas au simple citoyen: il a celui, au contraire, d’être prudent, vigilant, de ne pas exaspérer les âmes, de ne pas donner un poids exagéré aux rancœurs, aux malentendus, aux doutes...
Dans les moments angoissants que traversent certains pays, il faudrait, je ne dis pas suspendre tout jugement, mais formuler ceux qu’on porte de façon à faire comprendre leurs torts aux coupables sans les accabler de reproches qui, par leur violence, ressemblent presque à des injures.
Il est opportun aussi de ne pas exciter les victimes, afin qu’elles ne perdent pas leur sang-froid, cette suprême qualité des triomphateurs. L’habileté vraie consiste à observer toujours, à tout écouter et à se recueillir souvent. C’est là un programme auquel on peut joindre un conseil: «Élevez dans vos cœurs un temple au silence!»