Pour la défendre, ils ne tentent même pas un effort. A les voir évoluer dans la vie avec des allures nonchalantes, il semble qu’il assistent à un jeu sur les résultats duquel ils n’ont pas engagé de pari!
Les individus de cette catégorie n’attendent rien évidemment. Leurs yeux ne sont pas tournés comme ceux des Rois Mages vers l’étoile qui doit se lever à l’Orient. Ils subissent les événements, ils n’y concourent pas. Or, subir, c’est déjà un état inférieur.
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L’attente féconde se manifeste extérieurement de deux façons: par le silence gros de pensées qui équivaut à des forces infinies d’action; et par la parole qui peut avoir sur les esprits et les cœurs une si puissante répercussion. Voyons comment l’homme se comporte vis-à-vis du silence et de la parole, comment il en use dans la vie publique et privée.
CHAPITRE III
LE SILENCE
Seul le silence est grand, tout le reste est faiblesse
(Alfred de Vigny.)
Le vers admirable d’Alfred de Vigny est la condamnation de l’abondance inutile des mots. Il faut avoir une grande foi dans le silence, non le silence qui naît d’un caractère morose, d’un orgueil démesuré, d’un manque de sincérité, d’imagination, d’expansion, d’une sorte de pauvreté d’esprit ou bien simplement d’une humeur sauvage, mais le silence intuitif ou voulu de ceux qui voient, sentent et savent.
Cette force muette a toujours exercé un merveilleux pouvoir mais jamais elle n’a été plus nécessaire que dans ce moment suprême de l’histoire du monde, où l’on meurt de trop de paroles!
Avec notre organisation politique et sociale, qui admet la libre discussion sur les points les plus graves et les plus délicats, il est difficile de mettre un frein aux langues qui parlent. Aujourd’hui qu’aux voix masculines, les voix féminines s’unissent, et que dans son for intérieur, chaque homme, même le plus médiocre, se croit un stratège et un chef politique, le bruit est devenu assourdissant, et le chaos croît chaque jour davantage.
Dans ce réseau serré de mensonges, d’intérêts inavoués, d’astuce et de perfidie, il est naturel que l’esprit perde son équilibre, ne sache où se poser et soit emporté par le flux et le reflux de la pensée en désarroi.