C’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière.
(Ed. Rostand.)

Dans toutes les religions, l’attitude de l’attente est vivement recommandée; c’est, du reste, l’attitude perpétuelle de la vie humaine pour ceux surtout qui en admettent le renouvellement infini et qui croient à l’existence d’une force supérieure à laquelle l’homme peut avoir recours. Toute espérance formulée n’a-t-elle pas, d’ailleurs, pour conséquence logique l’attente de la réponse?

Donc il faut attendre, qu’on le veuille ou non. L’important c’est de savoir attendre! Chez quelques-uns c’est une disposition naturelle: chez d’autres une vertu acquise ou qu’il faut acquérir.

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Les mots de Dieu à Adam: «Désormais tu gagneras ton pain à la sueur de ton front», s’appliquent à tous les services, à tous les genres de labeur et vont bien au delà de l’effort matériel des bras et des muscles. Ils comprennent chaque effort dont est capable l’âme humaine. Même quand l’homme produit des fruits remplis non de pulpe, mais de cendres, ces fruits sont dus au travail de sa personne ou de sa pensée. Les imaginations perverses se fatiguent à élaborer sans cesse des forces destructrices, et c’est aussi à la sueur de leur front qu’elles poussent le monde aux actes démoralisants.

Dieu a appelé l’homme à collaborer avec lui en tout ce qui s’accomplit sur notre planète, même lorsqu’il s’agit de miracles comme la résurrection de Lazare. C’est là un fait fondamental que l’homme ne devrait jamais perdre de vue.

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Dans la signification qu’il faut donner au mot attendre, toute idée de paresse doit, bien entendu, être exclue. L’homme qui sait attendre n’est pas un fainéant, car il est constamment en état de veille. Il ne s’agite pas, il ne se précipite pas, il ne s’irrite pas, mais son esprit est sans cesse tendu vers l’objet de son attente, et ce n’est pas là un mince labeur.

L’attente doit être patiente, mais non résignée. Ces deux mots s’excluent: quand on se résigne, on n’attend plus! Il faut donc que l’attente soit vigilante et optimiste. «Le monde appartient aux optimistes, disait M. Guizot, les pessimistes n’ont jamais été que des spectateurs.»

En ce moment, l’ordre donné par Dieu à Adam a cessé d’être obéi et compris dans sa signification précise, qui est l’obligation absolue du travail. Une vague de paresse a passé sur le monde, et, aujourd’hui, l’homme, symptôme effrayant, se refuse à travailler de ses mains: il refuse même de semer le blé et le riz dont il doit vivre! Quant à ceux qui ne labourent pas, qui ne produisent pas les matériaux nécessaires à la production, ils demeurent assoupis dans une apathie criminelle, une sorte d’engourdissement de la pensée. On dirait qu’ils attendent, dans une espèce de léthargique sommeil, l’égorgement final de leur classe.