Dans cette question de la famille, il faut évidemment tenir compte de la race et des traditions. Chez les latins, la famille s’était étendue jusqu’à devenir la gens, sans rien perdre de sa signification première; cela avait donné une grande force à la famille romaine, dont l’institution a servi plus ou moins de modèle à celle des autres peuples et des autres pays.
Ce qu’on a appelé la débâcle de la famille marque peut-être, au contraire, l’aurore de sa reconstitution. Les horribles conséquences de la guerre, le désarroi actuel des âmes, le bouleversement des esprits et l’angoisse des pauvres cœurs solitaires sont en train d’élaborer en secret, et sous la surface des eaux tumultueuses, un nouveau type de société humaine: dans celui-ci, la famille, renouvelée sur des bases d’où les abus d’autorité seraient rigoureusement bannis et où le respect absolu de la personnalité humaine serait reconnu, deviendra peut-être, plus que jadis encore, la pierre angulaire de l’édifice social.
*
* *
Il faudra que les hommes se réservent désormais un rôle important dans cette famille reconstituée; au cours des dernières années, ils avaient trop abdiqué entre les mains des femmes tout ce qui concerne la direction morale de la famille et l’éducation des enfants. Une collaboration étroite entre les deux sexes me paraît indispensable pour la solution intelligente et pratique de ce problème, dont dépendent en grande partie les destinées du monde, la dignité de la femme et le bonheur des individus appelés à vivre dans une société renouvelée.
Le sujet que je viens d’aborder ne pourrait être épuisé dans un volume. Je ne lui ai consacré que quelques pages, non certes pour diminuer la place à laquelle il a droit, puisque je vois dans la famille, outre son importance traditionnelle, une grande arme de défense sociale, mais parce que le moment actuel n’est pas celui des longues dissertations. Le temps presse, les solutions s’imposent et il faut se borner à indiquer les problèmes de l’heure à ceux qui détiennent entre leurs mains le pouvoir de faire les lois et de diriger l’opinion publique.
C’est à eux de considérer la gravité de cette question, d’en déterminer l’importance et d’en proposer la solution.
CHAPITRE II
L’ÉDUCATION DES PEUPLES CIVILISÉS
Quelle aimable chose pourrait
être l’homme s’il était vraiment
homme.
(Ménandre.)
De tous côtés aujourd’hui, une même préoccupation a envahi les cerveaux et les consciences lucides: celle de l’éducation!
Dans l’appréhension des désordres qui menacent le monde, une terrible question s’est posée à l’esprit de tous. L’école, avec son apathie, son manque d’air, de soleil, d’espace et de spiritualité, ne serait-elle pas la principale responsable de l’effrayante folie collective qui bouleverse en ce moment l’âme des peuples? La réponse n’a pas été rassurante, et pour peu qu’on prête l’oreille, l’on entend de toutes parts un cri d’angoisse qui traverse l’espace.