Il est naturel qu’après cette évocation du passé, les pauvres esclaves de jadis soient fières du terrain qu’elles ont conquis! Mais à qui doivent-elles leur libération? Au christianisme, uniquement au christianisme, dont aujourd’hui beaucoup d’entre elles répudient les doctrines idéalistes qu’elles accusent d’entraver leur développement complet et d’assombrir leurs plaisirs!

Quelle folie d’ingratitude brouille donc le cerveau de ces femmes pour qu’elles puissent ainsi renier et amoindrir les grandes figures féminines qui furent la gloire de leur sexe, et dont quelques-unes se rattachent uniquement au christianisme par la solennité de leur repentir!

*
* *

Presque immédiatement après la résurrection du Fils du charpentier, on voit les femmes aller à Dieu. Ce sont les descendantes des Gracques et des Scipions qui suivent saint Jérôme dans le désert, abandonnant leurs privilèges. Ils étaient immenses cependant.

Et qu’on l’honore ici en dame Romaine
C’est-à-dire un peu plus qu’on n’honore la Reine

disait Jules César, à son débarquement en Égypte, parlant de Cornélie, veuve de Pompée.

Puis ce furent les grandes abbesses du moyen âge qui dirigeaient leur communauté comme un empire, et même, au besoin, levaient des hommes d’armes. Et les Saintes, qui se répandirent sur le monde comme une pléiade lumineuse! A côté de Catherine de Sienne, la plus grande, la plus rayonnante et la plus géniale personnalité féminine que la terre ait produite, combien d’autres femmes charmantes ont illuminé le monde par leur auréole de sainteté!

Si celles-ci gravirent avec le christianisme les plus hauts degrés de l’échelle de Jacob, d’autres se firent païennes de mœurs, croyant ainsi se grandir, et suivant en cela une tendance que l’on retrouve à toutes les époques et sous toutes les latitudes. Nous ne suivrons pas la femme dans les différents avatars de son évolution, mais une constatation morale incontestable ressort de tant de manifestations diverses: l’arrogance, le manque de douceur, l’absence de tendresse n’ont jamais rehaussé le prestige de la femme, elles en ont au contraire toujours obscurci l’éclat.

*
* *

Dans l’organisation actuelle de la société, il n’est plus possible, malgré les maladresses et certaines inaptitudes de la nature féminine, de traiter la femme en quantité négligeable; nous avons tous trop besoin d’elle dans la famille et à l’école. En lui indiquant les portes du temple de l’idéal, il faut en même temps la ramener au culte du bon sens, c’est-à-dire à l’habitude mentale de la logique. Or, celle-ci lui a été presque toujours si aridement enseignée qu’il y a peu de temps encore les femmes d’esprit haussaient les épaules quand on leur en parlait. En quoi elles avaient tort, car la logique est la source de cet équilibre souriant, de cette indulgence sereine qui font l’agrément de la vie, la sûreté des rapports et les foyers chauds et consolants...