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Cependant, dans l’ordre des faits naturels, on voit même aujourd’hui les tempêtes finir par s’apaiser normalement, le ciel redevenir serein, et lorsqu’après une violente bourrasque, on assiste à la rentrée au port des grandes et des petites embarcations, une sensation exquise de bien-être envahit les hommes. Le calme subit du ciel, de l’air et des eaux produit également un effet magique sur les cœurs angoissés; il tranquillise leurs battements trop rapides et apaise leur excessive émotion.
S’il en est ainsi pour les tempêtes qui agitent les flots et l’atmosphère, le même phénomène devrait logiquement se produire dans l’ordre des faits intellectuels et moraux. Les horribles tueries, que les regards humains ont été forcés de contempler, ont provoqué ce détraquement des cerveaux qui rend aujourd’hui les hommes apparemment incapables de bon sens, de clairvoyance et de tout pouvoir de résistance et de réaction. La phrase désastreuse de Tolstoï: «Il ne faut pas lutter contre le mal», a fait école hors de Russie et semble avoir envahi les âmes occidentales. Nous assistons avec épouvante à des phénomènes redoutables dont rien n’indique encore clairement la disparition prochaine.
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Et pourtant...! Croire à la perpétuité de l’obscurcissement du cerveau humain, n’est pas seulement absurde et illogique; c’est encore la plus grande offense qui puisse être faite au Créateur des merveilles de la nature. Il devrait nous suffire de contempler une nuit étoilée, ou bien de regarder l’Aurore qui précède, matin, après matin, la naissance de l’astre du jour, pour comprendre que la lumière qui éclaire et réchauffe notre planète, ne désertera jamais l’univers, car elle est la condition même de son existence; à sa source s’alimente l’Esprit qui règle et dirige le destin des hommes. Ceux-ci ont, par conséquent, le droit de croire au prochain retour de la lumière qui éclairait et réglait leur conduite morale.
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Mais avant d’ouvrir trop largement son cœur à l’espérance, et dans l’attente du souffle puissant qui balaiera les nuages du ciel spirituel de l’humanité et établira les bases d’une société nouvelle, il est indispensable, comme nous l’avons dit, que l’homme ouvre ses yeux et aiguise son esprit pour mieux étudier les mentalités actuelles et pour rechercher s’il n’y a pas, entre elles et le bonheur dans l’ordre, d’infranchissables barrières ou quelque éclatante divergence de conception.
CHAPITRE PREMIER
LE MOT D’ORDRE: SERVIR!
Servir... servir... servir!
(Paroles de Kundri dans Parsifal
de Richard Wagner.)
La vérité est qu’il y a en ce moment un terrible malentendu entre l’homme et sa destinée.