Les moeurs des habitants de Ménaâ sont très dissolues; c'est la ville de la prostitution que les hommes acceptent fort bien, du reste. Un air de gaîté règne sur tous les visages.

Comme dans tout l'Aurès, les femmes sont à peine vêtues. La melhafa est l'unique vêtement de dessus et de dessous, et l'on songe avec douleur, en les voyant ainsi, aux rigueurs de l'hiver.

Les enfants sont presque nus et les faibles ne doivent guère résister. L'hiver doit faire aussi parmi eux une terrible sélection avant qu'ils n'atteignent l'âge de l'adolescence.

La femme chaouïa qui, je l'ai déjà dit, se marie vers douze ans, ne tarde pas à divorcer; ou bien elle se marie, ou bien elle se livre à la prostitution ce qui ne l'empêche pas de se remarier ensuite.

J'ai vu des femmes ayant été mariées douze et quinze fois, être jeunes encore.

Ménaâ possède une école indigène qui est dirigée par un instituteur français.

Le cheick est un homme très intelligent qui m'a rendu bien des services pendant mon séjour dans le village.

A Ménaâ, j'ai contrôlé les renseignements qui m'avaient été fournis à Arris et à Chir. C'est là que j'ai interrogé des Azrias sur les pratiques de l'avortement et c'est sans difficulté que j'ai pu leur faire dire ce qu'on m'avait déjà dit sur les manoeuvres abortives.

Si ces femmes parlaient, c'était à la condition d'être seulement en présence de mon interprète et de moi.

J'ai opéré à Ménaâ la soeur du cheick en ouvrant un trajet fistuleux de l'avant-bras, provenant d'un séquestre du cubitus. Malheureusement il eut fallu enlever ce séquestre pour tarir la suppuration et les aides me manquaient. J'ai engagé cette femme à venir à Batna, où j'aurais pu plus efficacement opérer mais son mari n'a pas voulu la laisser aller. Cette opération pratiquée sans anesthésie, a été supportée sans un cri, sans un mouvement de la face exprimant la douleur.