Le 20, à 9 heures du matin, nous reprenons nos mules et après avoir été remerciés par les indigènes et particulièrement par les femmes qui me demandent de prolonger mon séjour, nous nous engageons dans le sentier qui doit nous conduire à l'oasis d'Amentane. L'aspect du pays change complètement; plus de verdure, des montagnes arides et nues.
Après 4 heures de marche, l'oeil découvre avec une vive satisfaction, au fond d'une vallée, un bouquet de palmiers. C'est l'oasis d'Amentane.
Si la pente qui donne accès à Ménaâ est difficile à gravir, plus difficile et surtout plus longue est celle qui nous descend à Amentane.
Amentane est le pays du rêve, en pleine solitude arabe. Des palmiers, des arbres fruitiers: figuiers, abricotiers, mûriers, balancent leurs branches sur le bord de la rivière. Déjà on remarque de légères différences dans le caractère des indigènes, dont le type tend à se rapprocher de celui de l'arabe du sud.
Là, comme à Daali, comme à Chir, à Ménaâ, les malades des villages où je n'ai pu me rendre accourent pour me voir. Le 21, le 22 et le 23 je soigne cent six malades auxquels je délivre toujours des médicaments que je prépare à mesure que se fait la consultation.
Sur ces cent six malades, il y a 76 femmes et enfants et trente hommes, j'ouvre un phlegmon de la main.
Le 24 mai très fatiguée, je me repose avant de reprendre ma route.
Le 25, à neuf heures du matin, nous quittons la dernière station de la commune mixte de l'Aurès pour entrer dans celle d'Aïn-Touta.
Le chemin qui nous conduit vers Djemora est parfois des plus pénibles. Des éboulements de pierres sur des sentiers étroits, très en pente, rendent la route dangereuse et nous devons laisser la bride sur le cou de nos mulets; puis nous atteignons le bord de la rivière, la traversant mainte et mainte fois.
De distance en distance, des oasis avec leurs jardins. Ailleurs, des haies de lauriers-roses bordent le cour d'eau et tellement symétriques qu'on les dirait plantés par la main de l'homme.