Un système d'irrigation très primitif est employé dans ces régions, pour amener l'eau d'un jardin occupant un des côtés de la rivière dans un autre jardin situé sur le côté opposé; ce sont des branches d'arbres creusées qui jouent le rôle de canaux suspendus.
A une heure de l'après-midi, nous arrivons a Djemora, où le neveu du cheick nous reçoit en l'absence de ce dernier. Cet homme, d'une courtoisie toute française, parle parfaitement notre langue et nous fait, le soir, les honneurs de sa table dont le menu ne laisse rien à désirer.
Les malades de Djemora seront vus au retour de Biskra, d'abord parce qu'il ne me reste plus de médicaments et ensuite parce qu'ils n'ont pas été prévenus par l'administrateur qui, lui-même, ignore mon passage, dans sa commune.
Je me borne à vacciner une douzaine d'enfants avec le vaccin que je viens de recevoir de l'institut Pasteur d'Alger.
Djemora est une oasis entourée de montagnes assez éloignées et nues; c'est une région essentiellement fiévreuse et peu agréable.
Le lendemain, 20 mai, à huit heures et demie du matin, nous quittons Djemora.
Le temps est sombre et la pluie menace; nous poursuivons néanmoins notre route. Le sentier que nous suivons est tracé dans une terre de désolation: pas de végétation; de loin en loin un bouquet de lauriers-roses dans le lit de la rivière qui est à sec sur sa plus grande étendue; parfois pourtant une large flaque d'eau semble sortir de dessous terre; on me dit que la, rivière est souterraine et qu'elle jaillit ainsi par endroits.
Après une demi-heure démarche, la pluie commença à tomber; nous avançons toujours; il fait froid et le vent souffle avec une violence telle qu'il est presque impossible de se couvrir avec les manteaux que le vent arrache.
Une heure après notre départ nous étions sous une pluie diluvienne; nos bêtes avançaient avec peine, et l'on ne voyait pas devant soi. Pas un arbre, pas un gourbi, pas un repli de terrain sous lequel nous puissions trouver un asile. Nous étions trempés! La gaieté qui n'avait cessé de régner parmi nous avait fait place au mécontentement.
Des derniers mamelons nous apercevons enfin El-Outaya, et nous reprenons courage; mais il se passera bien deux heures avant de l'atteindre.