Évidemment les ordres de Battambang ne seront pas arrivés à temps ! car rien n’a été fait et pendant 10 kilomètres nous nous dirigeons d’après l’inspiration… intermittente du guide qui cherche à retrouver le sentier des charrettes dans la direction de Siem-Reap.

Enfin, nous arrivons tant bien que mal à une petite sala, où nous déjeunons. Il faut bien vivre !

Puis nous repartons mélancoliquement et nous suivons les ornières jusqu’à Siem-Reap… où nous parvenons enfin, à quatre heures et demie, après nous être ensablés six fois !

Siem-Reap ! Ce nom-là nous chante aux oreilles comme une fanfare de victoire… car voici notre dernière étape !

Siem-Reap… c’est déjà presque Ang-Kor. En effet, nous ne sommes plus qu’à 5 kilomètres de la ville et des temples et les 5 kilomètres qui nous en séparent sont relativement praticables.

Nous sommes reçus à Siem-Reap par le gouverneur chef chez qui je remise l’auto et par M. Amand, garde principal. Nous nous installons dans la grande « sala » située de l’autre côté de la rivière, mais encore faudra-t-il faire passer l’auto que son poids nous empêche d’embarquer sur un sampan. Le gouverneur va faire construire un pont et, demain, nous pourrons nous offrir le luxe d’une entrée triomphale dans les fameuses ruines, avec notre vaillante et solide voiture que nous tenons à conduire jusqu’à l’apothéose !

Nous retrouvons, chez M. Amand, le même accueil charmant et la même bonne grâce qui nous ont tant secondés au cours de ce dur voyage. Il se multiplie pour nous installer et nous fournir tout ce qui nous manque.

Notre dîner retentit d’une gaîté débordante et un peu fébrile ; nous avons besoin de nous répéter que nous sommes tout près du but, car nous pouvons à peine croire au bonheur d’être arrivés et nous restons un peu ahuris d’avoir pu mener à bien une expédition tant de fois compromise.

Il y a exactement vingt-huit jours que nous avons quitté Saïgon. Nous parlions alors de « la Ville au Bois dormant » comme d’une cité de rêve, lointaine et mystérieuse, où nous tendions de tous nos vœux, mais dont nous nous sentions séparés par tant d’obstacles, qu’au départ de ce voyage nous espérions seulement en retirer le seul honneur de l’avoir entrepris.

Ce jour inespéré de la réussite, le voilà arrivé pourtant, grâce à une persévérance que l’on peut sans nous blesser qualifier d’entêtement… Décidément, rien ne vaut, pour aller loin, une volonté bien arrêtée.