Un dernier adieu au brave Cambodgien et nous démarrons majestueusement.

D’abord tout marche à merveille.

Mais hélas ! nos tristes pressentiments ne tardent pas à se justifier… Peu à peu la route mollit sous nos pneus. Nous franchissons quelques kilomètres dans des flaques de boue et, tout à coup, la voiture refuse nettement d’aller plus loin. Le moteur, affolé, tourne comme un derviche et perd toute action sur les roues qui patinent. Les antidérapants ne mordent plus l’argile des ornières.

Tout le monde descend.

Avec les pioches et les piques, nous reprenons tristement notre besogne de terrassiers sans autre effet d’ailleurs que de faire une sorte de bouillie rougeâtre à dégoûter des Spartiates !

Nous en sommes réduits aux stratagèmes les plus désespérés, comme par exemple à casser les termitières pour remplir de leurs débris les sillons qui semblent se creuser davantage à mesure que nous les comblons.

Après une demi-heure de travail, nous tentons un démarrage timide… Dix mètres plus loin, nous nous embourbons de nouveau… et cela sous les yeux étonnés et voire un peu méprisants d’un groupe d’indigènes qui sont accourus au passage de la voiture et qui ne paraissent pas regretter leur dérangement. Nous en sommes humiliés comme il convient et il est évident que le prestige européen n’en mène pas large.

Mais que faire ?…

Les indigènes qui, pour comble de confusion, commencent à nous prendre en pitié, nous font comprendre qu’il est impossible de trouver ni bœufs ni buffles dans la région.

Et la nuit arrive. Une nuit escortée de gros nuages noirs qui envahissent rapidement tout le ciel et qui ne présagent rien de bon.