Nous ne pouvons cependant pas coucher là !
… Pourtant, je devine que, moyennant finances, la commisération des indigènes qui nous entourent ne demanderait qu’à devenir active : c’est d’une psychologie très simple, mais infaillible.
Nous entamons donc les négociations. Le résultat ne se fait pas attendre ! La loi de l’offre et de la demande s’affirme une fois de plus, si bien qu’au bout de quelques minutes, Guérin ayant fixé aux ressorts d’avant deux cordes longues de plus de vingt mètres, tous les badauds, hommes, femmes et enfants, s’y attellent courageusement, tout joyeux de la bonne aubaine.
Et nous avançons, en demi-première vitesse…
Où sont nos belles allures de ce matin ?
Je me renseigne sur un abri pour la nuit ; car nous n’avons rien avec nous, tout notre campement étant resté sur les charrettes. Il paraît que nous trouverons une pagode auprès de ce fameux arbre postal où nous avons fait halte en venant…
Maintenant il fait nuit noire. Des éclairs éblouissants qui se succèdent presque sans interruption nous montrent du moins la route. Les phares projettent deux faisceaux lumineux sur les épaules luisantes des coolies. Et toute cette scène prend un aspect fantastique, dont nous jouirions peut-être… sans la pluie qui nous aveugle. Et quelle pluie !… Avec nous, le déluge. C’est à se demander si notre voyage ne devient pas sous-marin !
Enfin, nous stoppons devant la palissade de la pagode.
Les coolies ruisselants lâchent les cordes.
A la hâte, on extrait de la voiture la malle et les provisions et Guérin repart avec notre guide garer l’auto sous l’arbre postal décidément bien précieux. Le guide y passera la nuit et les phares allumés avertiront le cortège des charrettes, qui s’arrêtera pour nous attendre.