Guérin, un peu pâle, se met à la manivelle et commence à moudre un café illusoire.

Un tour, deux tours !

Le moteur ronfle comme au sortir de l’usine… Son joyeux et puissant ronronnement accompagne les éclats bruyants de notre joie.

Vite, nous prenons la caisse d’huile attachée sur le marchepied et sans regarder, nous versons à flots le liquide dans le réservoir, tandis que Guérin remplit de graisse les diverses boîtes.

Tout est paré !… et nous ne demandons qu’à nous en aller.

A tour de bras nous payons les conducteurs de buffles, les coolies, la charrette qui vient pour ainsi dire de nous sauver.

Je me mets à la direction ! Guérin prend place à ma gauche, sur le marchepied s’installe le fidèle Compagnon qui ne craint ni les secousses, ni les douches (car il va nous falloir encore rouler dans l’eau). Dans le fond de la voiture se prélassent Tiam… et Bernis qui vient de mettre en marche. Et nous démarrons !…

La sirène épouvante les bêtes et les gens… mais son bruit strident résonne à nos oreilles comme une musique exquise…

Il me semble bien que le moteur pétarade un peu trop… peut-être tient-il aussi à exprimer sa joie de repartir… dans quelques instants il se calmera.

Il se calme en effet, dès que j’embraye en seconde vitesse. Il se calme même si bien qu’il n’a plus la force de nous faire avancer. Ce brusque arrêt fait tomber toute notre joie !