Maintenant, nous roulons à toute vitesse dans une véritable trombe d’eau et de boue. On se croirait sur un torpilleur par grosse mer ! Mais notre brave machine semble vouloir rattraper le temps perdu. Elle marche comme elle n’a jamais marché.
Bientôt nous prenons la chaussée qui conduit à Kompong-Cham. Nous roulons presque constamment en quatrième vitesse : nous sommes couverts d’une eau jaune qui nous rend méconnaissables, mais qu’importe !… C’est un bain de couleur locale !
Par moments des secousses terribles nous font craindre de voir la carrosserie se briser ou les ressorts céder… Mais non ! les voyageurs en sont quittes pour rouler et tanguer ferme, c’est tout… rien ne casse ; et à cinq heures du soir, nous nous arrêtons devant la résidence, un peu fatigués sans doute et sales à faire peur, mais tout joyeux d’avoir si bien marché.
Malheureusement M. Beaudoin est absent et nous en éprouvons une grosse déception.
C’est M. Dessenlis qui vient nous recevoir. A notre vue il s’arrête interdit ; il ne nous attendait pas si tôt.
Après nous avoir comblés de félicitations étonnées et qui nous sont d’autant plus précieuses, il nous fait les honneurs de la résidence. Nous procédons à une toilette minutieuse… non sans besoin, et nous sommes tout juste prêts pour nous mettre à table.
Nous trouvons à dîner plusieurs invités, entre autres l’administrateur de Swaikléang, M. Voitel, qui avec amabilité nous invite à venir chasser chez lui.
Et nous nous retirons de bonne heure, car nous sommes tous un peu fourbus.
24 avril 1908.