Rassurez-vous !… Je ne demande pas que l’on déshonore ces ruines sublimes par le voisinage d’un de ces caravansérails luxueux et encombrants comme on en a trop construit, ces dernières années, au centre de Paris. Mais il n’est pas nécessaire de condamner à mourir de faim et de soif, de fatigue et d’épuisement les voyageurs qui voudront connaître les beautés de l’art cambodgien ! Et je souhaite seulement qu’un Français avisé ait l’idée d’ouvrir, à distance respectueuse des palais et des temples, un hôtel simple et propre qui permette aux touristes de séjourner le temps qu’il leur plaira entre Ang-Kor-Thom et Ang-Kor-Vat et d’admirer, tout à leur aise et sans crainte d’inanition, une des plus authentiques merveilles du monde.

Cet hôtel ne risquerait pas de manquer de voyageurs, mais encore faudrait-il une route pour les y conduire !

Cette route serait une belle œuvre d’utilité publique et mieux encore d’utilité française, et je voudrais que ce voyage servît à démontrer qu’elle n’est pas irréalisable.

On a beaucoup travaillé en Indo-Chine depuis quinze ans : car, si trop de Français ignorent les colonies, du moins ceux qui viennent s’y fixer ne perdent pas leur temps.

Quelques politiciens grincheux et qui, d’ailleurs, n’ont jamais quitté leur fief électoral, auront beau répéter que « les Français ne sont pas colonisateurs ! » C’est là une assertion gratuite et qui, pour cette raison, ne devrait plus trouver cours dans la presse. Et notre immense empire colonial suffit à lui donner un démenti assez rassurant.

Sur la vaste terre, comme dans leur propre pays, les Français se sont toujours montrés, entre autres choses, d’admirables constructeurs de routes. L’Indo-Chine leur doit déjà un réseau de grandes voies qui surpassent les plus anciennes et les plus belles de l’Extrême-Orient.

Espérons donc que la sage et méthodique activité de nos compatriotes s’emploiera bientôt à ouvrir ce grand chemin d’intérêt mondial qui reliera Saïgon, métropole de la riche et belle Cochinchine, aux ruines sublimes d’Ang-Kor-Vat et d’Ang-Kor-Thom : ce serait un immense bienfait pour la colonie et pour l’Art…


Mais voici assez de phrases, il s’agit de partir… et d’arriver. Tout est prêt, enfin ! Les pièces de rechange sont rendues à Tay-Ninh, d’où nous prendrons demain notre essor. Là, je les ferai charger sur les charrettes qui doivent nous accompagner.

C’en est fait, nous partons demain.