Le moteur ronfle ; il semble, en vérité, qu’il fredonne l’Invitation au Voyage. Nous démarrons, nous sommes partis ! Dès cinq heures, nous arrivons à la résidence de l’aimable M. Prère qui nous a offert l’hospitalité.

A Tay-Ninh, les charrettes nous attendent… et aussi les caisses qui contiennent les pièces de rechange.

Qu’elles sont belles, ces caisses ! mais qu’elles sont imposantes : elles atteignent des dimensions gigantesques, où je reconnais cette noble folie des grandeurs, qui est le péché mignon d’Hippolito. Notre première impression est que jamais tout cela ne pourra tenir dans les charrettes… et l’événement la justifie bientôt… Le contenant et le contenu refusent absolument de s’accorder. Tout est à refaire ! Il faut démolir les caisses, et empiler dans les charrettes, en équilibre instable, tous les accessoires : pneus de rechange, bidons d’essence, pneus de réserve, etc… Ce diable d’Hippolito aurait bien pu tout de même avoir le coup d’œil un peu plus juste. Sa mégalomanie nous contraint à une besogne de déménageurs qui nous prend toute la soirée.

Enfin, tant bien que mal, l’arrimage est achevé.

Les charrettes partent à la nuit, elles iront attendre notre passage à Kreck.

Après un bon dîner nous allons nous coucher… dormir, rêver peut-être. A demain les grandes émotions ! Et que saint Christophe nous protège !

ANG-KOR — L’ESCALIER DU VERTIGE