LA FORÊT VIERGE
CHAPITRE IV
LA PREMIÈRE JOURNÉE DANS LA BROUSSE
Lundi 16 mars 1908.
Cette fois-ci, c’est le vrai départ… le départ à l’aventure, l’embarquement pour ailleurs !
A six heures et demie du matin, après avoir fait nos adieux à M. Prère dont l’affectueux dévouement nous laissera toujours un si agréable souvenir, nous quittons la Résidence de Tay-Ninh… et les bienfaits de la civilisation. Jusqu’ici, il restait encore, pour ainsi dire, un peu d’Europe à nos semelles (Michelin) ; désormais, la vieille et mystérieuse Asie va nous prendre tout entiers.
Toutefois, nous n’abandonnons pas Tay-Ninh sans emporter encore une dernière preuve de l’amabilité de M. Prère… sous la forme de deux coqs qui ornent l’arrière de la voiture et d’une provision de cocos pour étancher notre soif de l’inconnu !
A peine partis, nous faisons connaissance sur la route de Tracop avec les émotions inséparables d’un premier début.
Nous n’avons pas fait cinq cents mètres que le moteur commence à pétarader, comme pour protester contre la dure besogne que nous allons exiger de lui.
Cette manifestation intempestive nous contraint à nous arrêter pour resserrer la tige d’allumage d’un des cylindres qui vient de se dérégler. (Voilà, je pense, ce que les reporters, dans leur langage un peu spécial, appellent : des précisions !)
Une demi-heure de réflexions et nous repartons !