Après quelques kilomètres parcourus sans encombre, nous laissons à droite la route de Tracop et nous prenons le chemin de Sockiet.
C’est déjà fini de rire !… Nous n’avançons plus qu’avec beaucoup de peine. De tous côtés, nous sommes envahis par cette végétation que tous les explorateurs s’accordent à qualifier de luxuriante : nous plongeons dans une vraie mer de feuillages, nous fonçons dans un inextricable lacis de branches…
Par bonheur, la solide capote remplit glorieusement ses fonctions d’éperon, elle brise et arrache tous les obstacles : elle plie, mais ne rompt pas.
Bon ! voilà maintenant que nous marchons ventre à terre : cela ne signifie pas, hélas ! que nous dévorons l’espace, mais que la machine touche ! Elle se heurte à toutes les aspérités de ce sol inégal et raboteux. Tant et si bien qu’il faut s’arrêter et se résigner à lui frayer la route, puisqu’elle ne peut pas l’emporter.
Et nous nous transformons en terrassiers… Ah ! comme l’on comprend que ces modestes travailleurs aient élevé la grève à la hauteur d’une institution… Encore ignorent-ils la rigueur implacable de cette atmosphère qui règne dans l’ombre chaude de la forêt. Ici le sabotage est interdit : et nous nous escrimons de notre mieux avec notre arsenal de pelles et de pioches.
Enfin ! la voie est ouverte ! Hervé de Bernis, ruisselant et joyeux, sifflote un air allègre… il appelle cela siffler au disque.
Nous remettons en marche… Pas pour longtemps !
Il nous faut bientôt faire connaissance avec un autre genre d’obstacle : l’enlisement ! Les roues se refusent obstinément à tourner dans le sable où la voiture s’enfonce jusque au-dessus des essieux.
De terrassiers, nous voilà devenus bûcherons. Dans la forêt qui nous enveloppe, nous coupons, taillons et abattons de menues branches feuillues. Cela fait un magnifique tapis d’une longueur de 200 mètres que nous étendons devant l’auto récalcitrante. Cet aimable procédé la décide à repartir.