Il y a là de quoi désespérer les automobilistes les plus fervents, mais pas nous ! Une fois de plus nous faisons contre infortune bon cœur ! Aussi bien, il ne nous reste qu’un parti à prendre : la retraite. Mais nous sentons très vivement que nous ne sommes pas là pour nous amuser…
Par bonheur, si je puis dire ainsi, un grand nombre d’indigènes nous ont fait escorte et semblent compatir à nos souffrances. Je parlemente avec ces bonnes gens : leur dévouement nous est acquis, il suffit d’y mettre le prix ! Quarante coolies s’attellent à la voiture et nous reprenons le chemin de notre canha, dans une disposition d’esprit qu’il est superflu d’indiquer.
Et, c’est la rage au cœur, mais toujours le sourire sur les lèvres, que, rentrés à Tapang-Prey, nous refaisons les préparatifs de notre installation pour la nuit.
Pour tuer le temps et me détendre les nerfs, je retourne à la chasse pendant qu’Hervé de Bernis et Guérin redémontent le réservoir et le carburateur. C’est un travail qui demande du temps… et surtout beaucoup de patience : je sens que j’en manquerais et que mon concours serait plus nuisible qu’utile.
Je me déploie donc en tirailleur…
Un coq et une poule sauvages au tableau… mais ce n’est pas une consolation.
A mon retour la nuit tombe, nos deux travailleurs n’ont pas encore pu enlever les tuyaux du réservoir ; bon gré mal gré, il faut remettre à demain le reste de la besogne.
Demain ! Toujours demain ! et nous n’avançons pas ! et il va nous falloir encore subir la symphonie nocturne de la meute indo-chinoise…
20 mars 1908.