LE BŒUF « PANNÉ »
… Cette situation se prolonge jusqu’aux limites de notre exaspération ! Cependant le temps passe et nous n’avons guère fait que 4 ou 5 kilomètres…
Le buffle s’impose ! Il nous faut absolument des buffles !
Eux seuls auront la force et le courage de nous tirer de là !
Devant notre désespoir, le chef du village finit par convenir « que peut-être tout de même, en cherchant bien, il n’est pas dit qu’on ne finirait pas par en trouver… » (Est-ce que, par hasard, les Normands auraient aussi jadis conquis l’Indo-Chine ?)
… Je fais donner « la cavalerie de saint Georges »… et en effet, sans qu’on sache d’où ni comment, au bout d’une heure à peine les buffles sont là !
On les attelle en hâte et nous repartons.
… Ici commence un voyage dont aucun de nous ne perdra jamais le souvenir… Rien ne saurait donner une idée de ce qu’on souffre à se sentir traîné d’un pas tranquille et lent par quatre buffles qui cassent leurs traits de quart d’heure en quart d’heure. Ah ! pouvoir faire du 90 de moyenne et subir cette allure de 2 kilomètres à l’heure, tout le long d’un interminable sentier étroit, tortueux, sans cesse barré de souches et de branches, qu’il faut couper pour ne pas détériorer le carter… c’est un des pires supplices qu’ait jamais enduré un chauffeur et cela nous vaudra, j’espère, d’être inscrits au Martyrologe de l’automobilisme.
Selon l’expression vive et imagée de Guérin :