— On se fait du mauvais sang à l’heure !
Et quelles secousses, quels accrocs, quel roulis, quel tangage ! L’auto-buffle pourrait devenir, sous la direction d’un manager entreprenant, une nouvelle attraction pour les fêtes foraines : les personnes qui aiment à trépider sur les manèges y trouveraient les joies combinées du toboggan, des montagnes russes et de la balançoire.
UN RENFORT
Quant à moi, je m’exaspère à voir onduler les dos énormes et paisibles de ces quatre bonnes bêtes, qui font pourtant tout ce qu’elles peuvent.
Enfin, vers six heures, la forêt paraît devenir moins inextricable, de grands pans de ciel apparaissent entre les branches et nous débouchons dans une vaste clairière. Nous en ressentons d’abord une impression d’allégement et il nous semble respirer plus à l’aise… Mais un bruit sec nous rappelle à la réalité, c’est un des jougs qui vient de se casser, et contre cela il n’y a rien à faire, sinon d’en fabriquer un autre.
Heureusement, les indigènes se montrent très adroits et nous en sommes quittes pour une halte d’une demi-heure, ce dont nos buffles profitent sagement en prenant leur bain dans une mare.
Ils nous reviennent rafraîchis et dispos ; nous remontons dans notre auto-buffle et nous quittons cet endroit que la carte désigne sous le nom de Tasia.
Mais, selon son habitude ancienne et extrême-orientale, le soleil se couche sans faire précéder sa retraite d’aucun crépuscule et la nuit tombe comme un voile noir qui s’abattrait sur toutes choses.
Nous avançons à pas comptés, à travers toutes les ornières qui deviennent de plus en plus profondes. A chaque pas il faut s’arrêter et descendre pour mettre la main à la pioche.