Une secousse plus forte brise la glace d’un des phares…
Le réservoir grince sur la pierre : heureusement qu’il est bardé d’une tôle protectrice.
Enfin, nous arrivons au bas de cette descente sans autre avarie. Des cris nous parviennent à travers la nuit : c’est le village, Tampho et la soupe enfin !
Point du tout ! et il nous faut prendre notre parti d’une nouvelle désillusion.
Tout ce vacarme, ce n’est rien… qu’une de nos charrettes en panne, celle de Bernis dont les bœufs se sont couchés en travers du chemin. Le malheureux Hervé a tout fait pour vaincre l’apathie de ces animaux réfractaires. Il a usé de tous les moyens, même des banderillas de fuego… ingénieusement remplacées par une torche posée au bon endroit. Ce procédé, qui risque de lui attirer les plus sévères observations de la S. P. D. A., lui restera sur la conscience. Les bœufs indo-chinois en ont vu bien d’autres et leur impassibilité ne s’émeut pas pour si peu.
Nous nous arrêtons (encore une fois !) ; j’envoie tout mon monde au secours de la charrette en panne. On s’agite, on crie, on hurle, comme toujours en ce pays quand il y a quelque chose à faire (et cela ne le différencie pas d’autres pays qui se croient plus civilisés !) : enfin, l’on se décide à atteler d’autres bœufs et nous reprenons notre triste voyage, la rage dans le cœur et l’estomac dans les talons.
Crispé sur mon volant pour corriger les écarts des dix buffles qui tirent les uns à hue, les autres à dia, étourdi par la faim qui me bourdonne aux oreilles… je ne sais plus très bien ce qu’il arrive.
Notre morne cortège avance lentement aux lueurs des torches.
Enfin, nous arrivons au village.
Mais comme toute joie trop attendue, la vue de Tampho me laisse indifférent.