Il y a, paraît-il, une canha, une cabane pour les voyageurs. Allons, tant mieux ! mais je consentirais volontiers à coucher à la belle étoile pourvu que je puisse me reposer un peu.

Pourtant je conduis la voiture jusqu’à l’entrée de cette canha.

Le compagnon, qui pense à tout, a fait préparer du feu, nous allons donc pouvoir nous laver à l’eau chaude.

Un peu réconfortés par ces ablutions, nous ouvrons enfin une boîte de conserves.

Minuit et demi ! Nous sommes éreintés, mais la faim nous tient éveillés et nous retrouvons pour nous mettre à table l’énergie des hommes de l’époque du silex taillé et de l’âge de la pierre impolie.

Nous mangeons sans parler, ce qui pour des Français bien nés est le comble de la sauvagerie.

Ce repas farouche et silencieux nous rend les forces nécessaires pour procéder à notre indispensable installation. Nous faisons les lits, nous défaisons les malles et quand nous nous couchons enfin, morts de fatigue, il est plus d’une heure et je pense sans aucun plaisir qu’il nous faudra être debout et prêts à repartir, ce matin avant six heures.

… En fermant les yeux, il me semble encore entendre la voix du guide :

— Si vous tirez un coup de fusil ici, les gens du village l’entendront !

… Il était exactement neuf heures quand fut prononcée cette parole d’espoir et nous avons marché jusqu’à minuit et demi !