Nous marchons toujours… Vers une heure, Guérin commence à parler fortement du déjeuner, je feins de ne pas l’entendre… Il insiste… mais je refuse d’arrêter et notre brave mécanicien s’enferme dans un silence boudeur. Ce Guérin, quel mauvais caractère tout de même !
A une heure trois quarts, comme nous passons devant quelques huttes, Guérin recommence ses litanies et nous menace de s’évanouir s’il ne mange rien !
C’est qu’il le ferait comme il le dit, l’entêté !
CAMPEMENT PRÈS DE KRECK
Je me résigne à m’arrêter et nous installons notre campement au pied d’une touffe d’arbres gigantesques.
Avec les cinq charrettes, l’auto, les buffles et l’escorte, nous jouons à merveille la halte de Bohémiens : on apprendrait sans étonnement que nous allons donner ce soir une grrrande Représentation, avec la permission des autorités locales !
… Les coolies allument un feu immense pour rôtir le cochon de lait, chauffer les boîtes de choucroute… et réconcilier les œufs que le compagnon vient de brouiller.
Sous le soleil qui nous accable de ses rayons incandescents ce feu semble vraiment faire double emploi… Guérin, tout ragaillardi par la vue de ces préparatifs culinaires, déclare qu’il fait un temps à ne pas mettre un thermomètre dehors et conclut :
— Ça n’est pas pour me vanter : mais je n’ai jamais eu si faim depuis la guerre !