Toutefois (car il n’est pas de bonheur parfait ici-bas !) nous faisons une fâcheuse découverte… à savoir que notre magnifique vérandah dont nous étions si fiers manque de solidité et que l’on passe à travers avec une facilité déplorable.
Après le dîner, le petit soldat si dévoué et si débrouillard dont nous avons eu plus d’une fois à nous louer vient nous annoncer qu’il retourne à Tay-Ninh et nous faire ses adieux.
Je lui prouve ma reconnaissance en bonnes paroles et en piastres et je le renvoie avec une lettre pour M. Prère. Je regrette vivement le départ de ce brave et intelligent garçon.
Je me sépare aussi de notre vieux guide devenu inutile, M. Beaudoin, résident de Kompong-Cham, averti de notre prochain passage, ayant été assez aimable et prévenant pour mettre à ma disposition un autre soldat cambodgien.
Et nous nous couchons plus tranquilles.
La journée de demain sera employée à réparer le réservoir et à vérifier la machine. Voilà qui nous promet des joies paisibles.
22 mars 1908.
Décidément les chiens cambodgiens nous ont pris en grippe et tiennent à nous rendre insupportables les nuits chaudes de leur pays. Ceux-ci nous ont donné un concert qui dépasse encore le vacarme de Tapang-Prey et le sommeil nous fut rigoureusement interdit pendant l’exécution des morceaux.
Il y eut même une variante. Vers minuit, comme nous ne dormions pas, un effroyable tintamarre éclatant tout à coup à l’intérieur de la canha nous fit croire à une invasion de pirates ou à un tremblement de terre. Ce n’était qu’une dégringolade de casseroles, provoquée par un visiteur nocturne qui s’intéressait vivement aux reliefs de notre cochon de lait. Nous voulûmes reconnaître son identité, et nous ne fûmes pas peu surpris de nous trouver en présence d’un chien, un échappé du concert qui avait tenu à venir nous rendre ses devoirs à domicile. Cet animal avait trouvé le moyen, je ne saurai jamais comment, de grimper à l’échelle de la vérandah pour pénétrer dans notre cabane : un tel numéro ferait la fortune d’un Music-Hall. Il fut pourtant reçu assez fraîchement et redescendit l’échelle plus vite qu’il ne l’avait montée : mais notre intervention tardive ne sauva point, hélas ! les restes si précieux… et si comestibles de notre cochon de lait…