Je dois déclarer d’ailleurs, qu’à la suite de ce pillage nocturne, la Némésis canine qui nous poursuit parut satisfaite : le concert s’apaisa par degré, tout rentra dans le plus profond silence et nous pûmes achever en paix notre nuit.
… Ce matin, Guérin, aidé d’Hervé et de deux des conducteurs qui ont amené les charrettes de Tay-Ninh, arrange la magnéto, démonte et nettoie les soupapes, prépare enfin les armes qui nous conduiront, je l’espère, à la victoire !
Cependant, je reçois en grande cérémonie le chef du village.
Il nous apporte son petit cadeau : c’est un bœuf entier dont l’énormité me remplit d’une reconnaissante confusion.
Demain ce sera probablement un éléphant !
Après-demain… je ne sais pas prévoir les bonheurs de si loin et, d’ailleurs, la série animale me semble épuisée.
Le chef parti, je fais comparaître le nouveau guide que M. Beaudoin nous a si gracieusement envoyé : c’est un Linh de physionomie ouverte, intelligente et vive, et sa figure prévient en sa faveur : mais hélas, il ne parle absolument que cambodgien.
Que deviendrions-nous sans notre vieux Brin-d’Amour !
Voilà quelque temps déjà que nous n’avions pas parlé de lui… C’est qu’il s’enfermait dans une prudente réserve : ses qualités ayant été une fois reconnues, il ne sentait plus la nécessité de les faire valoir.
Mais aujourd’hui, les circonstances le ramènent au premier plan.