SUR LA « ROUTE » DE SUONG
Ce travail fait, et non sans peine, nous retombons en pleine brousse… Décidément les obstacles se renouvellent avec une constance et une variété qui ne permettent pas de s’ennuyer un instant. Aidés des coolies nous débroussaillons… à coupe-coupe que veux-tu. Après une demi-heure de travail acharné et d’ailleurs encouragé par une distribution de piastres aux vaillants bûcherons, nous repartons gaîment. Encore la forêt… mais le sol est beaucoup plus dur et nous n’avons aucune peine à maintenir une allure avouable et régulière. C’est tout au plus si, de temps en temps, une souche malencontreuse arrête notre essor.
Vers cinq heures nous débouchons… ou plutôt nous « débuchons », comme on dit en style de vénerie, dans une immense plaine toute couverte de rizières (heureusement sèches, sans quoi nous risquerions de rester embourbés).
A l’horizon, dans un bouquet d’arbres, se groupent de pittoresques canhas, à demi cachées par les branches. C’est Suong !
Encore un coup d’accélérateur, beaucoup de cahots, de sauts, de bonds et de secousses et nous arrivons.
On semble nous attendre. Une délégation d’indigènes vient à notre rencontre et nous escorte jusqu’à la bonzerie, destinée, paraît-il, à nous recevoir. Ce trajet, à travers les rues étroites et tortueuses, et naturellement pleines de badauds, exige toute une série d’embrayages, de débrayages, de virages, de marche avant et de marche arrière, après quoi le jury le plus sévère nous accorderait un permis de circuler enthousiaste.
Enfin, nous stoppons contre l’échelle de la bonzerie.
Nous sommes bien heureux… Mais il fait rudement chaud.
Guérin constate avec fierté que nous n’avons pas perdu notre temps.