A dix heures et demie nous démarrons de devant la bonzerie, non sans que le grand prêtre soit venu nous rendre visite.

Je dois avouer que cette entrevue ne contribuera pas à nous initier aux mystères de la religion bouddhique. La causerie a manqué de cette animation qui fait éclore les idées générales. Une poignée de main, un sourire, et c’est tout ! C’est assez du moins, pour nous rappeler que les Français et les Chinois sont les deux seuls peuples qui aient inventé une politesse, et l’on pourrait soutenir que tout l’effort des civilisations se résume dans un geste aimable. Mais nous n’avons pas le temps !

En route pour Kompong-Cham !

… Nous avons pris un nouveau guide, laissant celui d’hier retourner avec les deux charrettes à Kodorum, puis à Kreck.

Et nous roulons !… Du sable, toujours du sable : mais en maintenant une deuxième vitesse modeste et prudente, nous pouvons avancer sans aucun risque et en toute sécurité. Le linh envoyé par M. Beaudoin nous fait escorte avec deux ou trois notables de Suong qui nous ont accompagnés à cheval. Ils caracolent joyeusement et nous suivent ou nous précèdent suivant notre allure.

Parfois, nous sommes encore obligés de stopper pour arranger la route et nous perdons alors un peu de temps qu’il nous faut rattraper…

En avant la troisième, puis la quatrième vitesse…

Oui, la quatrième ! Quelle ivresse… nous osons à peine y croire. Faire de la vitesse à travers le Cambodge, cela dépasse toutes nos plus folles espérances. « Pourvu que ça dure », comme disait le couvreur qui tombait du sixième ! Nous semons les notables. Le linh aussi nous abandonne. Le galop de son cheval ne pouvait tenir contre la concurrence…

D’ailleurs, nous nous résignons sans peine à une défection qui semble tant humilier cet infortuné cavalier : il était plus décoratif qu’utile et nous ne sommes pas là pour étonner les populations par l’apparat des défilés et des cavalcades.

Elles se font rares du reste, les populations ! Depuis Suong nous n’avons guère aperçu que quelques canhas isolées.