Nous pourrons nous reposer à l’aise, nous laver commodément, manger dans des assiettes, nous asseoir sur des chaises, dormir dans des lits, enfin retrouver un peu du confort perdu depuis neuf jours. Il y a comme cela dans la vie des heures où le chocolat du matin vous apparaît dans une apothéose.
Nous filons ! Tout va bien… La troisième ronfle à ravir, quand tout à coup un choc violent suivi d’un bruit sinistre arrête net la voiture.
C’est la panne, la redoutable panne imprévue et soudaine.
Guérin ne fait qu’un bond de sa baignoire à terre, se penche, relève un visage angoissé et me dit :
— Marche arrière !
Je recule d’environ quarante centimètres, et le moteur cale !
Nous descendons en désordre et nous voilà tous à plat ventre, dans cette position humiliante qu’impose aux automobilistes la recherche des causes… La cause, en l’espèce, c’est une souche, une jolie souche d’environ 20 centimètres de diamètre que l’épaisseur des herbes ne nous a pas permis d’éviter.
Quant aux effets, ils sont déplorables : la barre d’accouplement de la direction est tordue, la roue de gauche a renoncé à son parallélisme (si nécessaire !) avec celle de droite, tout le carter protecteur est arraché et réduit à l’état d’accordéon ; pour comble de malheur, la souche malencontreuse empêche absolument soit d’avancer soit de reculer.
— Nous voilà frais ! dit Guérin.
Et cette constatation, que la chaleur ambiante devrait pourtant nous rendre si agréable, nous plonge dans un abîme de désespoir.