Notre pauvre Guérin a terriblement souffert. Mais grâce à Dieu, le voilà hors de danger : ce n’est plus maintenant qu’une question de soins pour laver et désinfecter la plaie. Auprès de nous ils ne lui manqueront pas.
8 avril 1908.
Comme il nous faut repasser le fleuve en quittant Kompong-Thom et que par la mauvaise volonté du Chinois qui nous loua ses planches, notre pont a rendu son tablier, nous nous trouvons dans un certain embarras.
M. Colin s’offre gracieusement à nous en tirer.
Il veut bien se charger de faire rétablir le tablier pour le passage de l’auto. Et, sous sa direction, des indigènes se sont déjà mis à l’œuvre.
Mais le grand événement du jour, c’est la rentrée de Guérin ! Il arrive après déjeuner, accompagné de l’excellent docteur Dupont qui l’a si vite et si bien opéré — et qui ne veut pas se séparer de son malade avant de le savoir tout à fait hors d’affaire.
En nous revoyant, ce brave Guérin retrouve sa gaîté et sa bonne humeur. Il ne parle que de repartir et demande à reprendre son service… et tout de suite ! J’essaie de le calmer et de modérer son ardeur : mais j’admire son courage : car il n’a pas encore fini de souffrir. Sa plaie n’a pas bon aspect. Elle est très profonde et creusée en trois endroits sous les nerfs.
Pourtant le docteur nous affirme qu’il n’y a plus aucun danger et donne des instructions au compagnon qui devra deux fois par jour faire au blessé des lavages d’eau phéniquée, au moyen d’une seringue spéciale. Moyennant quoi, Guérin pourra repartir avec nous dès demain. Je veux protester, mais notre rescapé insiste si vivement, il se reproche avec tant d’amertume de nous avoir retardés que, sur un signe du docteur, je finis par lui donner raison. Je sais bien d’ailleurs que nous ne pourrons pas partir demain et que ce ne sera pas trop de la journée pour achever le tablier du pont, en éprouver la solidité et faire passer la voiture de l’autre côté du fleuve. Mais je suis si heureux du retour de Guérin que les difficultés me paraissent bien peu de chose : notre groupe est reconstitué, voilà l’essentiel.