Guérin souffre beaucoup moins de sa main et la voiture se porte à merveille. On fait un pansement à l’un et l’on resserre un boulon à l’autre. Je ne les sépare point, car notre vaillant mécanicien se soucie plus de sa voiture que de lui-même et tout lui semble aller pour le mieux quand son carburateur ou son radiateur ou son moteur ne lui donnent pas de tracas.
Avant le dîner nous recevons la visite du gouverneur indigène. Il nous apporte gracieusement des drapeaux français que nous attachons sur la voiture… Tous ceux qui ont vécu trop longtemps loin de leur pays comprendront combien nous sommes touchés de cette attention délicate et charmante.
ON REFAIT DE L’EAU
Ce brave homme nous apparaît comme un messager de paix et de bon augure. Il m’annonce que notre route est toute préparée et que nous n’aurons donc aucune difficulté pour franchir la grande mare qui nous inquiétait un peu.
Et pour que rien ne manque à notre joie, le gouverneur nous apprend encore que ce soir il donnera, à notre intention, des danses cambodgiennes et une pantomime. Toute la lyre !
Tant de félicités nous ont ouvert l’appétit et nous dînons superbement et magnifiquement d’un cuissot de chevreuil, le reste de la bête ayant été partagé entre le gouverneur et notre fidèle Nam-Ay.
Après dîner, danses et pantomime. Le programme est un peu chargé, mais on ne saurait trop encourager les Arts… et la fête se prolonge fort avant dans la nuit.
Nous avons fait aujourd’hui cinquante kilomètres.
Aussi les matelas cambodgiens et surtout le silence qui suit le tintamarre des musiciens nous semblent tout à fait délicieux.