«J'ai cru remarquer, dans mon voyage, que le caractère des Allemands était beaucoup au-dessus de celui des Italiens. Les premiers sont serviables, francs et loyaux, tandis que les derniers manquent de toutes ces qualités. Sous tous les rapports, il vaut mieux habiter chez ceux-là.»

MARMONT À SON PÈRE.

«Ober-Ingelheim, 1er septembre 1795.

«Mon cher père, la nouvelle du passage du Rhin se répand en ce moment, et elle paraît plus que probable. Il est constant que nous nous sommes emparés, auprès de Coblentz, d'une île qui est à une très-petite distance de la rive droite du Rhin, et que, dans ce moment-ci, nous devons être établis de l'autre côté du fleuve. La campagne va donc commencer: il est temps qu'elle s'ouvre. Les opérations ne peuvent être que brillantes, car l'armée est animée d'un bon esprit. Pour mon compte, je suis fort aise de sortir de l'inaction dans laquelle nous étions plongés, et parce qu'il se présente de nouveaux triomphes à obtenir, et parce que les travaux du moment amènent plus sûrement et plus promptement la paix.

«Ne vous inquiétez pas des dangers que je vais courir; j'ai échappé à ceux que je brave depuis trois ans, et je ne vois pas pourquoi l'étoile qui me protége m'abandonnerait aujourd'hui. Au reste, je les crains peu, et je regarde leur perspective moins désagréable que la disette.--Rassurez-vous donc. Vous m'avez bien jugé quand vous avez pensé que les besoins n'étaient pas capables de m'abattre; mais mon courage ne doit pas vous les faire oublier.

«Je ne suis pas encore instruit du sort de Bonaparte. Puisqu'il en est heureux, je l'apprendrai avec le plus vif plaisir. Notre séparation ne doit en rien diminuer l'attachement que je lui ai voué.»

MARMONT À SA MÈRE.

«Quartier général d'Ober-Ingelheim, 12 septembre 1795.

«J'avais bien raison de vous écrire, il y a peu de temps, ma chère mère, que, si l'armée devenait active, ma position serait fort agréable. Je suis au centre des affaires, et j'y ai beaucoup d'influence. L'artillerie était ici désorganisée; aujourd'hui elle est sur un très-bon pied; tout se fait avec ordre et méthode; j'espère que, si elle agit, elle ne sera pas en arrière de ses devoirs. Je vous dis avec un peu de vanité ce que je pense; je me serais dispensé de vous écrire tout cela si je n'eusse pas été persuadé de l'intérêt que vous prenez au succès que j'obtiens, et si je n'eusse pas cru que vous ne m'accuseriez pas de présomption pour vous dire aussi franchement ce que j'espère. Autant le commencement de l'été a été vilain ici, autant la fin en est belle.

«Cette époque-ci est bien intéressante pour la République. Les nouvelles de l'intérieur portent un caractère aussi important que celles des armées. Nous avons tous ici maintenant adopté la constitution. Que partout l'opinion soit la même, et qu'enfin une réunion sincère nous assure la jouissance des biens pour lesquels nous avons combattu. Adieu, ma tendre mère,» etc., etc.