Wurmser divisa son armée en quatre colonnes principales, de la manière suivante: la première, sous les ordres du lieutenant général Quasdanovich, formait l'aile droite; se divisant elle-même en quatre brigades commandées par les généraux Ott, Ocskay, Sport et prince de Reuss, elle avait deux avant-gardes sous les ordres des colonels Klenau et Lusignan, et se composait de seize bataillons, neuf compagnies, treize escadrons, et cinquante-six bouches à feu. Sa force était de quinze mille deux cent soixante-douze hommes d'infanterie, et deux mille trois cent quarante-neuf chevaux.
La deuxième, sous le commandement du lieutenant général Melas, formait la droite du centre: composée de deux divisions et quatre brigades, commandées par les généraux Gremma et Sebottendorf, et sous eux par les généraux Grummer, Basilico, Nicoletti et Pettoni, elle avait dix-sept bataillons, onze compagnies, quatre escadrons, et cinquante-huit bouches à feu, et sa force était de treize mille six cent soixante-seize hommes d'infanterie, et sept cent vingt-sept chevaux.
La troisième colonne, sous les ordres du lieutenant général Davidovich, formant la gauche du centre, se composait de trois brigades, commandées par les généraux Mittrowsky, Liptay et le plus ancien colonel de la brigade; sa force était de dix bataillons, huit compagnies, dix escadrons, soixante bouches à feu; elle comptait huit mille deux cent soixante-quatorze hommes d'infanterie, seize cent dix-huit chevaux.
Enfin, la quatrième colonne, commandée par le général Mezzaro, formant l'aile gauche, était divisée en deux brigades, commandées par les généraux de Hohenzollern et Mezzeris, et se composait de quatre bataillons, six compagnies, sept escadrons et dix-huit bouches à feu, et d'une force de trois mille neuf cent quarante-neuf hommes d'infanterie, mille soixante-douze chevaux.
La première colonne fut dirigée sur Brescia; elle devait se porter sur Plaisance pour prévenir l'armée française. La deuxième attaqua la division Masséna à la Corona, s'empara de Rivoli, et couvrit la marche de la troisième colonne. La troisième colonne descendit par la vallée de l'Adige, et rejoignit la deuxième colonne à Rivoli. La quatrième colonne déboucha par Vicence et Legnago, marcha sur Vérone, et se réunit à la troisième colonne.
L'armée française était ainsi placée: Masséna occupait la Corona et Montebaldo, et défendait le pays entre le lac de Garda et l'Adige; Augereau occupait Vérone et Legnago; la division Sauret, Salo; le général Despinois, avec quatre mille hommes, était à Peschiera, et la division Serrurier faisait le siége de Mantoue. Toutes les divisions actives réunies composaient soixante-trois bataillons et trente escadrons dont la force s'élevait à trente-six mille six cent vingt-huit hommes d'infanterie, cinq mille deux cent soixante-neuf chevaux, et trente-sept bouches à feu. Les forces supérieures de l'ennemi culbutèrent Masséna des postes qu'il occupait dans les montagnes. Le général Sauret ayant été forcé devant Salo, l'ennemi entra à Brescia sans coup férir; Murat, Lasalle et bon nombre d'autres officiers y furent surpris et faits prisonniers. La situation de l'armée était critique; pour continuer le siége de Mantoue, il fallait livrer bataille à l'ennemi vers Roverbella; mais, si la bataille était perdue, l'armée devait immédiatement repasser le Pô; elle abandonnait ainsi toute la Lombardie, et courait de grands risques d'être détruite en exécutant ce mouvement, pour lequel rien n'avait été préparé. Lever le siége de Mantoue, afin de réunir toutes les forces disponibles; manoeuvrer avec légèreté pour balayer ce que nous avions derrière nous, afin de rétablir la sûreté de notre ligne d'opération, et ensuite marcher à l'ennemi divisé, le surprendre dans ses mouvements, au milieu de ses corps séparés par les lacs et les montagnes, voilà ce qu'il y avait à faire et à quoi Bonaparte se résolut. Mais alors que deviendra l'artillerie du siége de Mantoue? Elle se composait de cent quatre-vingts bouches à feu, et des approvisionnements correspondants: l'enlever est impossible, on n'en a ni le temps ni les moyens; elle tombera au pouvoir de l'ennemi, c'est un grand trophée pour lui; mais le premier but est la victoire, et c'est un sacrifice qu'elle exige impérieusement. Le général Bonaparte n'hésita pas; il foula aux pieds les petites considérations, prit son parti, et se montra, par cette résolution ainsi motivée, un grand général. Il envoya l'ordre au général Serrurier de lever le siége après avoir détruit, autant que possible, les munitions et l'artillerie abandonnée, de se retirer sur l'Oglio, à Marcaria, et d'y attendre de nouveaux ordres. La division Masséna, après avoir disputé le terrain pied à pied, fit sa retraite sur le Mincio, qu'elle passa à Peschiera: une garnison fut laissée dans cette place après quelque incertitude, et le commandement en fut confié au général Guillaume, espèce de fou, mais homme de zèle et de surveillance: plus tard, cette division continua son mouvement sur la Chiesa, à Ponte San Marco, laissant une forte arrière-garde à Lonato, tandis que la division Despinois devait soutenir la division Sauret, en position en arrière de Salo.
La division Augereau se retira par Borghetto sur Castiglione et Montechiaro, où elle s'arrêta. La cavalerie, soutenue par quelque infanterie, se porta sur Brescia; à son approche l'ennemi l'évacua en se retirant sur Gavardo. On voit par le tableau des positions respectives que les deux armées étaient fort divisées, les corps presque entremêlés; mais ceux de l'armée française, étant au centre, pouvaient se soutenir, combiner leurs mouvements et se secourir. On doit observer cependant que la division Serrurier, jetée hors du théâtre des opérations, sur l'Oglio, était une mauvaise disposition; en la dirigeant sur Montechiaro, chose beaucoup plus raisonnable, elle eût pu servir utilement de réserve à la division Augereau; la disproportion de nos forces était fort grande, nous n'avions à négliger aucune de nos ressources; cette division de plus à l'affaire du 16 thermidor (3 août) pouvait assurer la victoire, tandis que, battue, l'armée était séparée d'elle. Elle arriva utilement le 18 thermidor (5 août), mais il y avait plus d'une chance pour que, partie de si loin, elle n'arrivât pas d'une manière opportune, et la précision de son mouvement, ce jour-là, fut un trait de bonheur sur lequel un général en chef ne doit pas baser ses calculs quand il peut s'en dispenser. Malgré le bon esprit de nos troupes et leur énergie, quelle que fût l'habileté des combinaisons, on pouvait redouter de grands malheurs. L'ennemi à combattre alors ne ressemblait pas à l'armée de Beaulieu, découragée; mais, en possession de toute sa force morale, il avait le premier élément des succès. Nous étions dans la position indiquée ci-dessus le 15 thermidor (2 août), bien résolus à tenter la fortune. Le 16 (3 août) au matin, l'ennemi attaqua l'avant-garde de Masséna, placée à Lonato, la mit en déroute et fit prisonnier le général Pigeon, qui la commandait. Le général Masséna, avec lequel se trouvait le général en chef, déboucha aussitôt de Ponte San Marco, soutenu par la division Despinois; l'ennemi, à son tour, fut culbuté, et l'on reprit Lonato; débouchant de cette ville, après des engagements très-chauds et successifs, l'ennemi fut repoussé jusqu'au bord du lac de Garda à Desenzano. En même temps, le général Sauret attaquait Salo; après une vigoureuse résistance de l'ennemi, il parvint à reprendre la ville et à dégager le général Guieux, qui, séparé de lui à l'instant où il l'évacuait, deux jours auparavant, s'était jeté dans une grosse maison sur le bord du lac avec quelques centaines d'hommes, où il s'était défendu avec la plus grande opiniâtreté et la plus rare valeur contre le général Veckzay; peut-être ce combat isolé, imprévu, et hors des combinaisons, a-t-il eu une influence importante en retenant le corps qui devait déboucher de Salo. Le général Guieux, homme médiocre, mais brave soldat, avait résisté pendant trois jours, sans canons, avec moins de quatre cents soldats, à quatre ou cinq mille hommes.
Pendant que ces événements se passaient sur la gauche, la droite avait eu également des succès; j'avais eu l'ordre de m'y rendre et de rester pendant toute la bataille auprès du général Augereau; celui-ci, n'étant pas content de la manière dont son artillerie était servie, me demanda d'en prendre le commandement, ce que je fis; elle contribua au succès de cette belle journée; j'y reçus une contusion de boulet, mais je ne fus pas obligé de quitter le champ de bataille.
Le général Davidovich avait pris position la veille au soir à Castiglione, évacuée par le général Valette avec un régiment placé sous ses ordres. Ce mouvement rétrograde causa une grande colère au général en chef, et je n'ai jamais compris le mécontentement solennel qu'il en exprima au général Valette, car ce corps faible, isolé, n'avait pas autre chose à faire. Comment la division Augereau, séparée de Castiglione par une grande plaine, aurait-elle pu le secourir? et, si elle se fût portée à Castiglione, c'était commencer intempestivement le mouvement préparé seulement pour le lendemain. Cette colère, je le crois, était feinte, et, résolu à combattre sans retard, le général Bonaparte voulait convaincre les soldats qu'un mouvement rétrograde était en ce moment un crime: il lui est arrivé plus d'une fois de montrer ainsi, dans un but caché, un mécontentement qu'il n'éprouvait pas.
Dès le point du jour, le 16 thermidor (3 août), nous nous ébranlâmes et nous quittâmes la position de Montechiaro pour nous porter sur Castiglione. Nous traversâmes la plaine dans un bel ordre et une belle formation. À partir du pied des mamelons sur lesquels Castiglione est bâtie, l'ennemi nous opposa une vive résistance, ensuite à la ville même, et enfin aux positions plus en arrière, et jamais il ne fut mis en déroute. Nous le laissâmes, après dix heures d'un combat opiniâtre, à sa dernière position en avant de la tour de Solferino, et nous restâmes, le reste de la journée et le lendemain, en présence, nos postes à portée de fusil des siens.