La seconde, forte de quatre mille six cent soixante-seize hommes, par le général Liptay;

La troisième, forte de quatre mille cinq cent trente-trois hommes, par le général Köblös;

La quatrième, forte de trois mille quatre cent six hommes, par le général Oczkay.

La cinquième, forte de huit mille sept cent un hommes, par le général Quasdanovich.

Les 11 et 12 janvier, les deuxième et troisième colonnes se portèrent, par les hauteurs, en face de la position de la Madone de la Corvana; la troisième attaqua les troupes françaises, qui se retirèrent dans la vallée de Caprino. Le 14, la troisième colonne s'empara de la chapelle San Marco; réunie à la quatrième, elle chassa les Français jusqu'à Canale; la seconde s'empara des hauteurs devant Caprino; la cinquième descendit la vallée, et attendit que le débouché de Rivoli fût ouvert; et la première, après avoir tourné toute la position de l'armée française, se mit en bataille derrière elle afin de lui couper sa communication avec Vérone. Tels furent les mouvements de l'armée autrichienne dans les journées des 13, 14 et 15, tandis que Provera, effectuant son passage de l'Adige à Anghiari, marchait sur Mantoue. Le salut de l'armée exigeait sans doute qu'à tout prix on parvînt d'abord à empêcher Alvinzi de déboucher du Tyrol. Pour y réussir, Bonaparte était obligé de réunir contre lui la plus grande partie de ses forces; mais, pendant ces combats, Provera arriverait à Mantoue, et Wurmser, étant ravitaillé, pouvait, avec ces secours, sortir de la place et tenir la campagne: nous aurions eu alors réellement deux armées à combattre. Le salut de l'armée française et le succès des opérations dépendaient donc du parti qu'allait prendre le général Bonaparte: il fallait, après avoir reconnu le véritable point d'attaque et tout disposé pour battre d'abord le corps principal de l'ennemi, opérer avec assez de célérité pour pouvoir, avec les mêmes troupes, se présenter aux deux corps en lesquels son armée était divisée. Bonaparte fut dans la plus grande perplexité: pendant vingt-quatre heures sa voiture resta attelée, incertain s'il remonterait ou descendrait l'Adige. Il m'avait envoyé auprès du général Augereau pour lui porter des instructions sur les différentes circonstances à prévoir, et donné l'ordre de lui écrire à chaque renseignement qui me parviendrait. L'ensemble de tous ces rapports lui fit juger que la grande attaque venait du haut Adige: dès ce moment, il se mit en route pour Rivoli, emmena avec lui la division Masséna, et m'envoya l'ordre de le rejoindre sur-le-champ. Cet ordre me parvint au milieu de la nuit, au moment où le général Provera tentait le passage de l'Adige à Anghiari. Je hâtai ma marche, afin d'informer promptement le général en chef de cet événement.

Le général Bonaparte, arrivé à Rivoli, trouva Joubert aux prises; celui-ci était trop inférieur à l'ennemi pour résister encore bien longtemps, mais il disputait opiniâtrément son terrain et le défendait pied à pied: quelques moments plus tard, il allait perdre les dernières positions de la montagne: c'était le sort de la bataille. Une armée venant du Tyrol par la vallée de l'Adige ne peut arriver sur le plateau de Rivoli qu'après s'être emparée des montagnes qui le dominent; jusque-là, l'accès du plateau, qui commande et ferme la vallée, lui est interdit, et les deux armes, l'artillerie et la cavalerie, auxquelles les montagnes n'ont pas donné passage, sont accumulées dans la vallée et sans emploi, tandis que celui qui défend le bassin de Rivoli a toutes ses armes combinées pour combattre l'ennemi, quand le terrain leur permet d'agir. Joubert était réduit au poste qui dominait le plus immédiatement le débouché, quand Bonaparte arriva. Avant le jour, le général en chef ayant fait attaquer, les positions perdues furent enlevées. L'ennemi tenta un grand effort par la vallée afin d'ouvrir le débouché; mais il fut écrasé, et le combat continua à notre avantage dans la montagne.

L'ennemi, suivant l'usage autrichien, avait fait un détachement pour tourner l'armée et l'envelopper; la première colonne, commandée par Lusignan, avait marché par le bord oriental du lac de Garda, et, de chaîne en chaîne, était venue, le 15 au matin, couronner les hauteurs dont le bassin de Rivoli est entouré. Par le fait de ce mouvement, l'armée française perdit ses communications et se trouva enfermée par l'ennemi. Arrivée au moment où le mouvement s'achevait, je fus un des derniers à entrer dans le cercle, et je n'y pénétrai même qu'à l'instant où il s'achevait, et sous les coups de fusil. Je courus informer le général Bonaparte de cet état de choses: pour le moment, il se contenta de placer en observation, contre ce rideau de troupes, la soixante-dixième demi-brigade, sous les ordres du général de brigade Brune.

Le général en chef avait donné l'ordre au général Rey, commandant la division de réserve de Castel-Novo, de venir le joindre. Ce général, en arrivant, trouva l'ennemi entre lui et l'armée, et n'imagina pas de le combattre; il prit position en face de lui et attendit, avec une stupidité difficile à comprendre, le moment où la communication serait rouverte. Peut-être, au surplus, sa présence imposa-t-elle à l'ennemi, et l'empêcha de descendre de ses hauteurs pour attaquer l'armée, dont la presque totalité des troupes était engagée. Le fait est que, le succès ayant été complet sur notre front, on put s'occuper de ceux qui l'avaient tourné; la soixante-dixième, en un instant, en eut fait justice: tout disparut et se retira après avoir fait de grandes pertes en prisonniers. Un capitaine de la dix-huitième demi-brigade de ligne, s'étant trouvé avec sa compagnie, par une combinaison du hasard, sur le chemin de retraite de ces troupes, fit mettre bas les armes à quinze cents hommes et les amena prisonniers, et cette colonne fut ainsi, à peu de chose près, détruite en entier.

L'ennemi était battu et en pleine retraite de tous les côtés; il restait à s'occuper des troupes qui avaient passé l'Adige à Anghiari, et marché probablement sur Mantoue. Le général Augereau, n'ayant pas réussi à empêcher le passage, s'était d'abord posté sur le flanc de l'ennemi, en établissant sa ligne d'opération sur Legnago; il se mit ensuite à la poursuite de Provera, dont il harcela l'arrière-garde, qu'il finit par enlever à Castellaro. Bonaparte, afin de brider Mantoue, avait, ainsi que je l'ai déjà dit, fait retrancher avec soin le faubourg Saint-Georges. Miollis y commandait. Ce n'était pas un homme à se laisser intimider; il vit sur-le-champ le rôle brillant ouvert devant lui. Il reçut Provera comme il le devait, et celui-ci, n'ayant pu prendre Saint-Georges, dut en faire le tour et s'acheminer, par de mauvais chemins, vers la citadelle; mais les troupes du blocus de Mantoue étaient là et résistaient tout à la fois à une sortie de la garnison et à Provera qui arrivait, quand le général Bonaparte en personne parut avec la division Masséna et écrasa l'ennemi.

Le 26 nivôse (15 janvier), la bataille de Rivoli avait été gagnée, et le 27 (16), les mêmes troupes vinrent remporter une victoire non moins signalée sous les murs de Mantoue, entre Saint-Georges et la citadelle, auprès d'un château de plaisance des ducs de Mantoue, appelé la Favorite, château qui a donné son nom à cette bataille. Provera, enveloppé de toutes parts, posa les armes et nous remit huit mille prisonniers, cinq cents chevaux de cavalerie, et des équipages immenses.