Je me permis un jour une plaisanterie un peu forte, mais elle amusa beaucoup le général en chef et tout l'état-major: nous avions momentanément, à la suite de l'état-major, un homme d'esprit, mais très-poltron, nommé Coméras, résident de la République à Coire, auprès des Grisons; un de mes camarades, appelé Dutaillis, premier aide de camp de Berthier, le même dont le choix pour porter les drapeaux pris à Castiglione m'avait si fort blessé, n'avait pas une meilleure réputation sous le rapport du courage. Une dispute s'éleva entre eux; elle fut vive, et des injures s'ensuivirent. Un duel parut nécessaire; Coméras me choisit pour son témoin, et Dutaillis choisit pour le sien un jeune officier très-brave, fort de mes amis, nommé Bruyère. Nous nous entendîmes bientôt sur ce qu'il y avait à faire, et nous nous décidâmes à nous amuser à leurs dépens sans compromettre leur vie. La dispute avait eu lieu tard, et, malgré l'heure avancée, les adversaires voulaient aller à l'instant même sur le terrain; je m'y opposai, non que j'eusse envie de terminer l'affaire, mais parce que je voulais donner le temps à la colère de s'apaiser, et à la peur de la remplacer. Tel qui serait capable, au premier moment, de se bien conduire, s'abandonnera aux plus lâches terreurs quand il sera dans la solitude et livré à ses réflexions: il fallait d'abord leur assurer une mauvaise nuit. De grand matin, Bruyère et moi, nous allâmes chercher les combattants: je trouvai le mien défait, ayant passé la nuit à faire son testament et s'occupant des plus graves méditations. Nous nous mîmes en route; je reconnus une place favorable, mais elle fut trouvée trop voisine du chemin; plus tard, on trouva un autre inconvénient à un second emplacement, qui cependant nous avait paru convenable. Et nos pauvres victimes, voulant éloigner, sous tous les prétextes, le moment fatal, avaient toujours quelque chose à dire à chaque champ de bataille choisi par nous. Enfin il n'y eut plus d'objection possible, et l'on se mit en devoir d'en finir. Il avait été décidé qu'on se battrait au pistolet et que les témoins seraient chargés de mesurer la distance à vingt pas. En général, les témoins diminuent le plus possible le danger, et moi, au contraire, chargé de mesurer les vingt pas, je les fis si petits, qu'ils n'équivalaient qu'à dix. Coméras, j'en suis certain, était fort mécontent de me voir si peu répondre à ses espérances; car je n'avais rien fait pour empêcher le combat, et, au contraire, j'avais l'air de vouloir le rendre mortel. La figure de nos malheureuses victimes ne peut se décrire, et, si nous n'avions eu notre arrière-pensée, elles nous auraient fait pitié. Nous réclamâmes, comme le droit de nos fonctions, de charger nous-mêmes les armes; nous avions préparé des balles de cire noircies à la poudre, rendues brillantes par le frottement, et simulant parfaitement des balles de plomb. Chacun des combattants tira, et aucun des deux n'eut de mal; nous les fîmes s'embrasser en les louant beaucoup de leur héroïsme. Je racontai, un moment après, à madame Bonaparte cette facétie, avec tous les développements et les ornements qu'elle comportait; ce récit l'amusa beaucoup; elle en fit part à son mari, qui en rit de même; et, en deux heures, l'affaire avec tous ses détails fut l'histoire de l'état-major et l'objet de ses plaisanteries pendant huit jours. Coméras ne dit rien et prit son parti; Dutaillis parut vouloir des explications: je l'envoyai promener, et il s'en tint là. Au fond du coeur, il était trop heureux de la solution obtenue et d'en avoir été quitte pour la peur: c'est là le cas d'employer cette expression, car ce fut pour eux une rude peur, en même temps que le spectacle dont nous jouissions était fort gai pour nous.

Un gouvernement provisoire avait été créé à Venise, et Bonaparte, ayant des idées arrêtées sur le sort de ce pays, ne voulut pas entrer lui-même dans cette ville et y recevoir les hommages de la population; sa position eût été fausse et son langage embarrassé. L'idée des Italiens en général, et des Vénitiens en particulier, étant alors l'affranchissement de tout le nord de l'Italie, cette entreprise n'était nullement, à cette époque, en rapport avec nos moyens, et il fallait encore bien des combats, bien des batailles et bien des victoires pour la rendre exécutable et y faire penser sérieusement. Madame Bonaparte, dont les paroles n'avaient aucun caractère officiel, put aller sans inconvénient voir cette Venise si curieuse, si belle, retraçant de si grands souvenirs. Les Vénitiens, ne pouvant se mettre aux pieds du vainqueur de l'Italie, de celui dont leur destinée dépendait, furent empressés de faire, pour la réception de sa femme, tout ce qui pouvait lui plaire, la flatter et l'honorer. Madame Bonaparte resta quatre jours à Venise; je l'y accompagnai; trois jours furent consacrés aux plus belles fêtes. Le premier jour on donna une régate, course de barques et genre de fête réservé à la seule Venise; les courses de régates sont censées avoir pour objet de former des matelots; ce but était sans doute réel autrefois, quand Venise s'occupait de sa marine, et quand la marine militaire se composait seulement de bâtiments à rames; mais, de nos jours, et depuis un siècle, ces exercices n'avaient plus d'application, et ces fêtes étaient un vieil usage, un vieux souvenir et comme un monument des temps anciens. La course se fait avec des bateaux extrêmement allongés, très-étroits, montés par un seul homme, et quelquefois par deux. Cinq ou six de ces bateaux luttent ensemble, et la course, commençant dans le grand canal, finit au Ponte-Rialto. Ces barques volent, et l'on ne peut se faire l'idée de leur vitesse si on ne les a vues. La beauté de la fête consiste surtout dans l'affluence des spectateurs. Les Italiens sont très-avides de ce spectacle; on arrive de la terre ferme pour en être témoin; il n'y a pas un individu de la ville qui ne vienne sur le grand canal pour en jouir, et, dans la circonstance dont je parle, cent cinquante mille curieux au moins occupaient les maisons ou les toits bordant le grand canal; plus de cinq cents barques, grandes ou petites, et plus ou moins ornées, suivaient la course. Le second jour on fit une promenade sur l'eau; un repas fut donné au Lido; toute la population suivait sur des barques, et toutes les barques étaient couvertes de fleurs, de guirlandes, et retentissaient de musique. Enfin le troisième jour la promenade se fit la nuit; les palais et les maisons du grand canal, illuminés d'une manière éclatante, éclairaient une multitude de barques couvertes elles-mêmes de feux de couleur; après une promenade de deux heures et un beau feu d'artifice tiré sur l'eau, on se rendit à un bal au palais. Si on réfléchit aux moyens résultant de la localité de Venise, à la beauté de l'architecture, à ce mouvement prodigieux des barques serrées les unes auprès des autres, et donnant l'idée d'une ville qui marche; si l'on pense aux efforts inspirés, dans une pareille circonstance, à ce peuple, dont l'imagination est brillante, le goût exquis, et la passion des plaisirs effrénée, on devinera quel spectacle nous fut offert. Ce n'était plus la Venise puissante, c'était la Venise élégante et voluptueuse.

Le général Desaix vint en Italie à cette époque, et particulièrement pour voir le général Bonaparte, dont il désirait vivement faire la connaissance. Il passa quelques jours avec nous à Passeriano. Bonaparte le reçut comme le méritait un des hommes les plus recommandables par ses qualités militaires, intellectuelles et morales; et lui vit avec admiration l'homme extraordinaire qui avait porté si haut la gloire de nos armes. Il n'avait point oublié mes prédictions sur le général Bonaparte, si promptement réalisées; dès qu'il me vit, il me les rappela; moi, je les rappelle ici avec complaisance, parce que peut-être y avait-il quelque mérite, étant si jeune, à reconnaître toute l'étendue de sa supériorité, et à pressentir la gloire immense qu'il devait acquérir.

Le général Desaix exprima au général Bonaparte le désir de servir avec lui à la première campagne. De cette époque date le premier projet sur l'Égypte; le général Bonaparte parlait volontiers de cette terre classique; son esprit était souvent rempli des souvenirs de l'histoire, et il trouvait du charme à nourrir des idées de projets plus ou moins exécutables sur l'Orient. Sa prédilection pour ce théâtre n'a jamais varié; dans tout le cours de sa vie, il n'a jamais cessé de l'avoir en perspective, ni renoncé au projet d'y figurer, sinon en personne, au moins par ses lieutenants.

Le séjour de Passeriano se retrace en ce moment à mon souvenir avec un charme tout particulier; il avait un caractère à lui, qu'aucune circonstance n'a reproduit depuis. Nous étions tous très-jeunes, depuis le chef suprême jusqu'au dernier des officiers, tous brillants de force, de santé, et dévorés par l'amour de la gloire. Notre ambition était noble et pure; aucun sentiment d'envie, aucune passion basse ne trouvait accès dans nos coeurs, une amitié véritable nous unissait tous, et il y avait des exemples d'attachement allant jusqu'au dévouement: une entière sécurité sur notre avenir, une confiance sans bornes dans nos destinées nous donnait cette philosophie qui contribue si fort au bonheur, et une harmonie constante, jamais troublée, formait d'une réunion de gens de guerre une véritable famille; enfin cette variété dans nos occupations et dans nos plaisirs, cet emploi successif de nos facultés du corps et de l'esprit, donnaient à la vie un intérêt et une rapidité extraordinaires. Mais je n'ai encore rien dit de la manière d'être particulière du général Bonaparte à cette époque, et c'est ici le moment d'en faire le tableau.

Dès l'instant même où Bonaparte arriva à la tête de l'armée, il eut dans sa personne une autorité qui imposait à tout le monde; quoiqu'il manquât d'une certaine dignité naturelle, et qu'il fût même gauche dans son maintien et ses gestes, il y avait du maître dans son attitude, dans son regard, dans sa manière de parler, et chacun, le sentant, se trouvait disposé à obéir. En public, il ne négligeait rien pour maintenir cette disposition, pour l'augmenter et l'accroître; mais dans l'intérieur, avec son état-major, il y avait de sa part une grande aisance, une bonhomie allant jusqu'à une douce familiarité. Il aimait à plaisanter, et ses plaisanteries n'avaient jamais rien d'amer: elles étaient gaies et de bon goût; il lui arrivait souvent de se mêler à nos jeux, et son exemple a plus d'une fois entraîné les graves plénipotentiaires autrichiens à en faire partie. Son travail était facile, ses heures n'étaient pas réglées, et il était toujours abordable au milieu du repos. Mais, une fois retiré dans son cabinet, tout accès non motivé par le service était interdit. Quand il s'occupait du mouvement des troupes et donnait des ordres à Berthier, son chef d'état-major, comme lorsqu'il recevait des rapports importants, pouvant motiver un long examen et des discussions, il gardait seulement près de lui ceux qui devaient y prendre part, et renvoyait toutes les autres personnes, quel que fût leur grade. On a dit qu'il dormait peu, c'est un fait complétement inexact: il dormait beaucoup, au contraire, et avait même un grand besoin de sommeil, comme il arrive à tous les gens nerveux et dont l'esprit est très-actif. Je l'ai vu souvent passer dix à onze heures dans son lit. Mais, si veiller devenait nécessaire, il savait le supporter et s'indemniser plus tard, ou même prendre d'avance du repos pour supporter les fatigues prévues; enfin il avait la faculté précieuse de dormir à volonté. Une fois débarrassé des devoirs et des affaires, il se livrait volontiers à la conversation, certain d'y briller; personne n'y a apporté plus de charme et n'a montré, avec facilité, plus de richesse ou d'abondance dans les idées. Il choisissait ses sujets et ses pensées plutôt dans les questions morales et politiques que dans les sciences, où, quoi qu'on ait dit, ses connaissances n'étaient pas profondes. Il aimait les exercices violents, montait souvent à cheval, y montait fort mal, mais courait beaucoup; enfin, à cette époque heureuse, si éloignée, il avait un charme que personne n'a pu méconnaître. Voilà ce qu'était Bonaparte pendant la mémorable campagne d'Italie.

Après le 18 fructidor, de grands changements avaient eu lieu sur le Rhin; la trahison de Pichegru ayant éveillé la défiance du Directoire, la faiblesse de Moreau avait paru suspecte. Le Directoire confia alors le commandement en chef des deux armées réunies sur le Rhin, et formant cent vingt mille hommes, au général Augereau. Ce choix était misérable; il eut, comme on va le voir, une grande influence sur les événements politiques. Le général Bonaparte avait employé utilement l'intervalle écoulé depuis la paix de Leoben et mis son armée sur un pied excellent, reçu de grands renforts, bien organisé et augmenté son artillerie; les troupes, animées du meilleur esprit, jouissaient d'une bonne santé. La guerre venant à éclater, il aurait eu de bonnes places pour point d'appui et marché à la tête de soixante-dix mille hommes. Son armée se composait alors de cent onze bataillons, soixante-huit escadrons et cent une bouches à feu. Certes, il avait montré ce qu'il pouvait faire avec des moyens bien inférieurs, mais les Autrichiens s'étaient refaits aussi. L'armée de l'archiduc était extrêmement nombreuse et bien pourvue. On sait avec quelle facilité les Autrichiens savent réparer leurs pertes et rétablir une armée détruite, et ils avaient eu le temps de pourvoir à tous ses besoins. L'affaire était donc grave et sérieuse; elle le devenait bien davantage si l'armée du Rhin ne jouait pas convenablement son rôle, si elle agissait mollement ou avait des revers. Alors l'armée d'Italie pouvait être écrasée, et le choix d'Augereau autorisait à tout craindre. Le général Bonaparte le connaissait bien; il le savait incapable de conduire une grande armée. Ces diverses considérations inspirèrent au général en chef la résolution de faire la paix. Il y vit le salut de la France, et, en particulier, celui de l'armée d'Italie, et prit sur lui de modifier ses instructions et de signer. Voilà tout le secret de cette paix dans laquelle le gouvernement fut entraîné malgré lui; et, à cette occasion, je raconterai une conversation que le général Bonaparte eut avec moi deux jours avant la signature de cette paix. Me promenant seul avec lui dans les jardins de Passeriano, il me fit part de cette résolution et s'exprima à peu près ainsi: «Notre armée est belle, nombreuse et bien outillée, et je battrais infailliblement les Autrichiens. Mon point de départ est menaçant, et mes premières victoires me ramèneraient au coeur de la Styrie; mais la saison est avancée, et vous voyez d'ici les montagnes blanchies par la neige. L'arrière-saison, dans un pays aussi âpre, rend la guerre offensive difficile. N'importe, tout pourrait être surmonté; mais l'obstacle invincible à des succès durables, c'est le choix d'Augereau pour commander l'armée du Rhin. Cette armée, la plus forte, la plus nombreuse de la République, est entre des mains incapables. Comprenez-vous la stupidité du gouvernement d'avoir mis cent vingt mille hommes sous les ordres d'un général pareil? Vous le connaissez, et vous savez quelle est la mesure de ses talents et même de son courage. Quelle ignorance des choses et des hommes dans un pareil choix! Je le leur ai envoyé; ils l'ont vu et entendu; ils ont pu le juger; mais ils ont pris son bavardage pour du génie et sa jactance pour de l'héroïsme. Combien les avocats sont stupides quand ils ont à décider les grandes questions qui touchent aux destinées des États! Augereau commander une armée et décider du sort de la guerre! En vérité, cela fait pitié. Il faut éviter d'être victime de ses sottises, et, pour cela, l'empêcher de pouvoir en faire. Une fois enfoncés en Allemagne et arrivés aux portes de Vienne, et l'armée du Rhin battue, nous aurions à supporter tous les efforts de la monarchie autrichienne et à redouter l'énergique patriotisme des provinces conquises. À cause de tout cela, il faut faire la paix: c'est le seul parti à prendre. Nous aurions fait de grandes et belles choses; mais, dans d'autres circonstances, nous nous dédommagerons.»

Ces raisons étaient si bonnes, si péremptoires, qu'il n'y avait pas moyen de les contredire. On voit que la nomination d'Augereau fut l'événement décisif dans cette circonstance et devint la cause principale de la paix.

La paix fut signée le 17 octobre 1797. Elle porta le nom du village de Campo-Formio, situé à égale distance, entre Udine et Passeriano. Cependant il ne s'y est pas tenu une seule conférence, mais seulement c'était là que devait avoir lieu la signature. Je fus envoyé pour y faire tout préparer, et en même temps pour engager les plénipotentiaires à continuer leur route jusqu'à Passeriano. Ils s'y prêtèrent de bonne grâce. On signa avant le diner, en datant de Campo-Formio, où les préparatifs avaient été faits pour la forme; et sans doute on montre dans ce village la chambre où ce grand événement s'est passé, la table et la plume employées à l'accomplir. Il en est de ces reliques-là comme de beaucoup d'autres!

Le général Bonaparte avait en résidence auprès de lui un envoyé du gouvernement vénitien, du nom de Dandolo; il n'appartenait pas à la famille de l'illustre doge qui, à quatre-vingts ans, s'empara de Constantinople à la tête d'une armée de croisés, mais il était d'une famille bourgeoise de Venise. Son grand-père, juif, se convertit à la religion chrétienne; un Dandolo patricien le tint sur les fonts de baptême, et en Italie existe l'usage de donner à son filleul, au lieu du nom de saint que chacun porte, son propre nom de famille. Homme d'esprit, assez bon chimiste, occupé de sciences, d'améliorations, d'industrie, sa tête était très-vive; susceptible d'exaltation et d'enthousiasme, il parlait avec cette facilité et cette abondance si communes aux Italiens. Du reste, très-chaud partisan de la liberté et de l'indépendance italiennes, il avait joué un rôle très-actif dans les intrigues qui avaient amené la dissolution du gouvernement vénitien. Le traité de paix sacrifiait Venise, et la population de cette ville allait être au désespoir. Le général en chef voulut justifier la résolution prise et en expliquer les causes à Dandolo. Aussitôt le traité signé, il le fit appeler et lui donna connaissance des dispositions qu'il renfermait. Il lui dit que l'affranchissement de l'Italie ne pouvait pas être l'ouvrage d'un jour; que les Vénitiens, quoique dignes de la liberté, n'avaient pas assez d'unanimité entre eux et n'avaient pas fait d'assez grands efforts pour l'obtenir; tout le fardeau de l'entreprise tomberait donc sur la France; or beaucoup de sang français avait déjà été versé, et on ne pouvait pas en répandre encore pour une cause, non sans doute tout à fait étrangère à la France, mais cependant ne la touchant pas immédiatement; c'était plutôt une cause morale pour nous qu'autre chose; l'avenir pouvait beaucoup, et il fallait s'en reposer sur lui, se résigner aux circonstances et attendre: il ajouta tout ce qu'un esprit comme le sien put imaginer pour calmer un homme exalté et lui conserver des espérances; enfin il exerça en apparence avec succès sur sa raison cette séduction puissante à laquelle il était difficile de résister. Dandolo, profondément triste, parut convaincu et se rendit à Venise pour expliquer au gouvernement provisoire ce qui s'était fait et lui en donner les raisons.