«Le lendemain, il attaqua une redoute située dans les montagnes qui couvrent Savone. S'il l'eût prise, notre position était bien critique. Elle fut défendue vaillamment. Le général se décida sur-le-champ à prendre l'offensive. Le 23, un corps de troupes nombreux sortit de la redoute; un autre la tourna en attaquant Montenotte, passant par Altare. L'ennemi fut battu; il eut mille hommes tués ou blessés, et deux mille prisonniers. Le 24, nous marchâmes en avant, et nous investîmes le château de Cossaria. Nous essayâmes de l'emporter de vive force; nous ne réussîmes pas. Nous perdîmes deux cents hommes. De ma vie je n'ai vu un feu semblable. Comme les troupes qui le défendaient étaient sans subsistances, elles se rendirent le lendemain, et nous prîmes aux ennemis seize cents hommes d'élite avec un lieutenant général. Le soir, nous attaquâmes l'ennemi dans la position de Dego. Il était fort et bien placé; il ne fit pas cependant une grande résistance. J'étais à la tête du bataillon qui donna le plus vigoureusement et qui reçut le plus de leur feu, et nous eûmes huit hommes tués et dix blessés. Il perdit beaucoup; mais nous fîmes, par la disposition de nos colonnes, quatre mille prisonniers et nous primes vingt-huit pièces de canon.

«Le lendemain, l'ennemi nous attaqua à son tour. Nos volontaires étaient débandés et pillaient. Nous perdîmes deux cents hommes tués ou pris; mais, le soir, nous les attaquâmes de nouveau, et nous leur prîmes encore dix-huit cents hommes. Il évacua la position parallèle, et, le 26, nous nous trouvâmes devant le camp retranché. Plusieurs redoutes furent emportées; les autres auraient eu le même sort si l'ennemi ne les eût évacuées. De ce moment le fort de Ceva fut cerné, et, aujourd'hui, sa prise ne tient plus qu'à l'arrivée de quelques pièces de canon.

«L'ennemi avait pris une belle position derrière Cossaria; sa gauche au Tanaro. À l'instant où nous allions l'attaquer, il fit sa retraite; dix mille hommes se retirèrent sur Mondovi. Le combat s'engagea dans l'après-dînée; il fut chassé des positions qu'il occupait; Mondovi fut cerné. Nous nous emparâmes de dix pièces de canon, avec lesquelles je tirai sur la ville, et on nous apporta ses clefs. Nous y avons pris seize cents hommes et des magasins très-considérables. L'ennemi s'est retiré en désordre, et, dans ce moment, il est derrière la Stura et occupe les lignes de Cherasco. Il est très-important de le débusquer de cette position; son moral est affecté, et il sera battu.

«La prise de Mondovi est d'une haute importance pour nous: elle met l'armée dans une grande abondance et la délivre de l'affreuse misère où elle était plongée.»

MARMONT À SON PÈRE.

«Cherasco, 26 avril 1796.

«Nous venons d'ajouter un nouveau succès, mon tendre père, à ceux que nous avions déjà obtenus. L'armée s'est approchée de Cherasco, ville forte où l'ennemi s'était réfugié. Elle est située au confluent du Tanaro et de la Stura; ses fortifications sont en terre, mais bien disposées, fraisées et palissadées. Je vins hier matin, avec cent hussards, faire la reconnaissance de la place, à quatre-vingts toises. Tandis que j'étais à faire mes observations, on m'a tiré quelques coups de canon à mitraille qui ont tué l'ordonnance qui m'accompagnait et qui s'était placé derrière moi; je l'ai regretté: c'était un brave homme.

«Nos dispositions faites, nous allions brûler la ville; mais les habitants ne s'en sont nullement souciés. La place ne touche pas la Stura, et l'on pouvait empêcher la garnison de se rendre sans passer la rivière: ces considérations l'ont décidée à l'évacuer. Le commandant a craint, en perdant sa troupe, d'affaiblir encore l'armée piémontaise, qui, dans ce moment, est réduite à douze ou quinze mille hommes découragés. Ainsi nous avons vaincu le seul obstacle qui semblait nous empêcher d'arriver aux portes de Turin.

«Notre gauche a canonné Fossano, et l'ennemi l'a évacué: sa ligne est absolument coupée.

«Il est impossible de faire une campagne plus brillante; nous le devons au courage de nos troupes et aux excellentes combinaisons qui ont été prises. Le général Bonaparte est heureux, et il mérite de l'être; sa réputation se consolide tous les jours, et les derniers traits de son tableau ne sont pas les moins brillants.