«Le général Colli, qui commande l'armée piémontaise, a demandé une suspension d'armes, en attendant les arrangements de paix qui seraient pris à Gênes par nos ministres respectifs. Le général Bonaparte a répondu qu'il désirait sincèrement voir les malheurs de l'humanité diminuer, mais que, comme les succès qu'il a obtenus lui en promettent d'autres, il demande au roi de Sardaigne, pour gage de la pureté de ses intentions, la possession d'Alexandrie, de Tortone et de Coni. Le général Colli a répondu qu'il envoyait un courrier au roi pour le lui demander; il a ajouté verbalement que la nation française pouvait seule donner la paix à l'Europe, après avoir déployé autant de grandeur; que les Piémontais, après leurs désastres, ne pouvaient plus espérer résister aux Français, et qu'ainsi la paix leur était nécessaire.
«Nous sommes parfaitement reçus partout où nous passons; les Piémontais de la plaine ne ressemblent guère à ceux des montagnes. Quelle richesse de sol, et quelle douceur chez les habitants! Ils n'ont sans doute pas notre franchise, mais au moins paraissent-ils respecter nos actes, notre caractère et notre courage. J'ai été avant-hier, à la tête de deux régiments de cavalerie, m'emparer de la ville de Bene; après avoir fait replier quelques troupes de cavalerie qui la couvraient, les habitants sont venus m'en apporter les clefs et me demander sûreté et protection.
«Junot est parti hier pour porter au Directoire vingt et un drapeaux pris aux ennemis depuis l'ouverture de la campagne. J'aurais été fâché de quitter l'armée à l'instant où ses succès sont si brillants et où ses marches sont si instructives et si savantes. J'ajoute tous les jours à mon instruction militaire, et cette école ne peut que me promettre une carrière satisfaisante.»
MARMONT À SA MÈRE.
«Crémone, 14 mai 1796.
«Nous avons eu, ma tendre mère, une brillante action. Elle décide de la possession de Milan; nous avons battu complétement l'ennemi en arrière et en avant de Lodi. Le passage de l'Adda est une des entreprises les plus hardies et les plus heureusement exécutées de cette guerre.
«Toute l'armée s'est couverte de gloire, et, si les marches forcées qu'elle a faites lui ont causé de grandes fatigues, elle se trouve bien dédommagée par l'abondance dont elle jouit aujourd'hui.
«Je ne vous donne point de détails sur l'affaire. La relation que vous en lirez dans les feuilles publiques est fort exacte et vous mettra parfaitement au fait. Vous aurez, je crois, le plaisir d'y lire mon nom.
«L'ennemi a perdu beaucoup de monde. L'affaire a été très-chaude, et cependant nous n'avons pas eu deux cents hommes tués ou blessés.
«J'ai couru, pour ma part, d'assez grands dangers. J'ai chargé à la tête de cent cinquante hussards, et c'est moi qui me suis emparé de la première batterie de l'ennemi. Je montais un cheval un peu ombrageux; à la fin de la charge, il fit un écart et me désarçonna; la cavalerie que je commandais et qui était la première, et toute celle qui me suivait, passa sur moi sans me toucher ni me faire le moindre mal.