«Enfin, monsieur le maréchal, je dois vous prévenir qu'en supposant même que le prince de Neufchâtel vous ait donné l'avis que je dois vous secourir au besoin, il me serait impossible de le faire dans ce moment, puisque je ne peux déplacer un seul homme sans compromettre ou évacuer le pays (ce qui serait bien contraire aux intérêts et à la volonté de l'Empereur), et que, partout où mes troupes sont établies, elles n'y sont que trop faiblement.
«Je vais me rendre en Biscaye, afin de faire un effort pour vous renvoyer vos deux régiments de marche, qui tiennent encore la ligne d'Irun à Vitoria. Celui qui était à Pampelune doit vous avoir rejoint. Si je réussis, je me trouverai heureux; mais je vous prie de ne pas me supposer dans une position avantageuse.»
LE MARÉCHAL JOURDAN AU MARÉCHAL MARMONT.
«Madrid, le 13 avril 1812.
«Monsieur le duc, Sa Majesté me charge de vous dire qu'elle a reçu votre lettre en date du 31 mars. Le roi pense, comme vous, que ce qu'il y a de mieux à faire, c'est de continuer l'opération que vous avez commencée; elle doit nécessairement produire une diversion utile à M. le duc de Dalmatie, tandis que, si vous reveniez sur vos pas pour porter ensuite des troupes sur la rive gauche du Tage, ce mouvement, nécessairement très-long, serait vraisemblablement trop tardif.
«Le roi m'ordonne d'adresser à Votre Excellence copie d'un rapport qui lui est parvenu de Talavera. Le rapport coïncide avec la nouvelle du jour de Madrid, qui annonce que les Anglais ont suspendu le siége de Badajoz, et qu'ils ont réuni leurs troupes pour s'opposer au maréchal duc de Dalmatie, qui marche sur eux.
«On me mande de Talavera, sous la date du 9 de ce mois, qu'on n'avait rien appris de nouveau du général Foy, et on ne savait pas où il était.»
LE MARÉCHAL SOULT AU MARÉCHAL MARMONT.
«Séville, le 14 avril 1812.
«Monsieur le maréchal, M. le général Foy a dû vous transmettre diverses lettres que je lui ai écrites, et vous rendre compte que la place de Badajoz avait été malheureusement emportée par assaut dans la nuit du 6 au 7 de ce mois. Je m'étais porté en Estramadure avec vingt-quatre mille hommes pour secourir la place; le 7, j'arrivai à Villafranca, et mes avant-postes furent poussés jusqu'à Fuente-Del-Maestro, Azeuchal, Villalba et Almendralejo. Le 8, comme j'allais prendre position à l'embouchure du Guadajira, j'appris la fâcheuse nouvelle de la prise de Badajoz. Jusqu'alors je m'étais flatté que l'armée de Portugal, qui ne pouvait douter que toute l'armée anglaise ne fût sur la Guadiana, viendrait se réunir à celle du Midi pour livrer bataille aux ennemis. J'étais fondé dans mon espoir par l'assurance que vous-même me donnâtes le 22 février dernier. Mais, en même temps, j'appris, par des lettres du général Foy des 30 et 31, que les moyens qu'il avait auparavant lui étaient ôtés. J'étais en trop grande disproportion de forces avec l'ennemi pour lui livrer bataille en Estramadure; je me suis donc rapproché de l'Andalousie, où ma présence était des plus nécessaires: Séville était investie par quatorze mille Espagnols, et les lignes de Cadix étaient compromises.