LE DUC D'ISTRIE AU MARÉCHAL MARMONT.

«Valladolid, le 23 mai 1811.

«Il m'est impossible, mon cher maréchal, d'envoyer un seul homme à Salamanque. Ne pourriez-vous pas établir dans cette ville les dépôts de votre armée avec un ou deux bataillons? Cette province va se trouver entièrement dépourvue de troupes. Comment communiquer avec vous si vous ne laissez rien entre Salamanque et le Tage? Vous calculerez sans doute toutes les conséquences que cela peut avoir.

«Comment vous parviendront vos convois? Quelles ressources aurez-vous en cas d'un mouvement rétrograde? Je pense, mon cher maréchal, que vous songerez à l'inconvénient d'abandonner Salamanque. Vous voyez l'effet que cela a déjà produit, puisque tout ce qui est compromis dans cette ville parle de l'abandonner. Cette province a toujours été occupée par l'armée de Portugal, même lorsqu'elle était à Santarem. Je vous prie de vous faire une idée juste de mes moyens en troupes: je ne puis pas disposer d'un homme.»

LE DUC D'ISTRIE AU MARÉCHAL MARMONT.

«Valladolid, le 23 mai 1811.

«Mon cher maréchal, je vous envoie copie de la lettre que j'ai écrite au major général. Je désire que vous voyiez la chose comme moi. Ce n'est point que je ne sente l'importance du mouvement sur le Tage, mais je pense qu'en rapprochant deux divisions de Placencia et d'Almaraz; une division à Bejar et à El-Barco; deux divisions à Salamanca et l'autre à Zamora, vous rempliriez le même but; car je ne pense pas que vous veuilliez vous porter sur Badajoz: c'est un mouvement qui devrait être combiné avec le duc de Dalmatie, et ce serait, ce me semble, compromettre votre opération que de le faire avec le peu de moyens que vous avez. La province de Toro et tout le pays sur la rive gauche du Douero serait votre grenier.

«Je vous prie de m'envoyer un officier, un sergent et deux caporaux par régiment pour en former le dépôt de votre armée; j'ai ici dans les hôpitaux beaucoup de blessés; vous sentirez l'importance de cette mesure, elle est tout à l'avantage de votre armée.»

A S. A. S. LE PRINCE DE WAGRAM ET DE NEUFCHÂTEL,
MAJOR GÉNÉRAL.

«Monseigneur, nous n'avons ici rien de nouveau depuis ma dernière lettre; mais le duc de Raguse m'écrit qu'il a l'intention de se porter sur le Tage et de commencer son mouvement au 1er juin. J'aurais beaucoup désiré avoir des moyens suffisants pour l'appuyer dans son mouvement, que je regarde comme très-précipité, quels que soient les événements de l'Estramadure. Le duc de Raguse ne peut agir que dans la direction d'Almaraz. Il n'a point assez de force et de moyens pour agir sur Alcantara. J'ai vu cette armée de près; ses chevaux d'artillerie sont dans le plus pitoyable état; le duc de Raguse ne peut pas réunir vingt-cinq mille baïonnettes. Je sais tout ce que doivent avoir de pénible pour l'Empereur et de désagréable pour moi toutes ces vérités; mais, si le duc de Raguse, trop confiant dans ses moyens, fait une mauvaise opération, il sera forcé de revenir au point d'où il sera parti; il aura fini d'épuiser toutes ses ressources, et son armée sera paralysée pour tout le reste de la campagne. Il n'a point de magasins. Je viens de lui écrire pour qu'il m'envoyât des cadres de dépôts pour son armée; j'ai trois ou quatre mille hommes de son armée dans les hôpitaux ou convalescents. Votre Altesse sentira de quelle importance il est qu'en sortant ces hommes ne soient pas abandonnés à eux-mêmes, et qu'il y ait des officiers, des sergents et des caporaux pour les recevoir et les conduire à leur destination quand ils seront rétablis.