«Le 16 de ce mois, j'ai livré bataille aux ennemis à la Albuhera. Cette affaire serait pour nous d'un grand avantage; nous pourrions même la considérer comme une victoire signalée [4] si Badajoz, qui en était le but, eût été dégagé; mais je n'ai pu y parvenir. Les ennemis ont perdu, de leur aveu, sept mille hommes, dont quatre mille cinq cents Anglais. Nous leur avons fait mille prisonniers, pris six drapeaux et cinq pièces de canon. Les 3e, 31e, 48e et 66e régiments ont été à peu près détruits. Depuis je manoeuvre en Estramadure, et je n'ai cessé d'offrir le combat aux ennemis. Leur circonspection les a tenus jusqu'à présent à une distance respectueuse; mais je ne suis pas assez fort pour engager à moi seul une nouvelle affaire sous les murs de Badajoz, d'autant plus que lu gauche de mon armée se trouve engagée contre celle de l'ennemi, qui vient de Murcie, et que j'ai toujours à craindre du côté de Cadix et de Gibraltar, le dois donc compter sur le concours efficace de l'armée de Portugal, que vous voulez bien m'offrir. J'ai l'espoir que je ne serai pas trompé dans mon attente.

[Note 4: ] [ (retour) ] Excellente plaisanterie, que de représenter comme une victoire signalée une bataille offensive dont le but, celui de bloquer une place, n'a pu être atteint! Sublime inspiration qui c'est renouvelée depuis, quand le maréchal duc de Dalmatie à essayé de faire passer aussi pour une victoire la bataille défensive de Toulouse, où il a été chassé d'une position qui semblait et aurait dû être inexpugnable! (Le duc de Raguse.)

«Il me tarde beaucoup, monsieur le maréchal, que notre réunion soit opérée, et que nous puissions convenir des dispositions que l'un et l'autre nous devons exécuter pour que les intentions de l'Empereur soient remplies et le succès de ses armes assuré. Aussitôt que je serai instruit de votre marche, j'irai à votre rencontre.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Paris, le 27 mai 1811.

«Je vous envoie, monsieur le duc de Raguse, divers numéros du Moniteur, parmi lesquels il s'en trouve plusieurs qui contiennent des nouvelles d'Espagne.

«Ainsi que je vous l'ai déjà mandé, monsieur le maréchal, l'Empereur me charge de vous faire connaître de nouveau que vous avez un entier pouvoir pour réorganiser votre armée, en former six ou sept divisions, et renvoyer les généraux que vous ne jugeriez pas convenable de garder. Vous pouvez prendre les colonels en second du corps du général Drouet, pour leur donner le commandement des régiments vacants, en choisissant des officiers vigoureux. Vous devez renvoyer les administrations que vous jugeriez inutiles, et concentrer votre armée dans la main.

«Il y a beaucoup de mulets dans la province de Salamanque et sur vos derrières; faites lever tous ces mulets pour rétablir vos attelages. Le maréchal duc d'Istrie a l'ordre de vous seconder de tous ses moyens et de vous donner même tout ce qu'il pourra tirer de la garde impériale; et, indépendamment de cela, des marchés sont passés pour l'achat à Bayonne de quatre mille mulets de bât et du train d'artillerie, mais il faudra nécessairement du temps pour cette opération.

«L'Empereur, monsieur le duc, vous recommande de bien reformer votre armée et de livrer bataille aux Anglais s'ils se portent sur Ciudad-Rodrigo; dans ce cas, le duc d'Istrie pourra vous renforcer d'une division d'infanterie de dix mille hommes de la garde impériale.--Annoncez la prochaine arrivée de l'Empereur et votre marche sur Lisbonne aussitôt que la récolte sera faite.»

LE DUC D'ISTRIE AU MARÉCHAL MARMONT.