Le lendemain, un malheureux paysan que l'on rencontra, dit, de lui-même, qu'en marchant par la droite, l'on arriverait sur le plateau sans obstacle, et l'on tournerait la position. On suivit son conseil, et l'armée anglaise, sans perdre un moment, fit sa retraite sur Coïmbre. Cette anecdote fut connue, et les soldats appelèrent ce mouvement la manoeuvre du paysan. Cette bataille de Busaco, si légèrement donnée, et livrée d'une manière si extravagante, sera un objet de critique éternel pour Masséna et pour les généraux qui dirigèrent cette opération. On n'est pas digne de commander d'aussi braves soldats quand on en fait un si mauvais usage et quand on les emploie si inconsidérément. On assure même que Masséna fut, pendant cette journée, occupé et pour ainsi dire absorbé par d'autres soins indignes d'un vieux soldat comme lui.

Arrivé devant Coïmbre, on rencontra une arrière-garde qui, après un léger combat, évacua cette ville. L'armée anglaise continua son mouvement pour aller occuper les lignes qu'elle avait fait construire pour couvrir la ville de Lisbonne. L'armée française la suivit, après avoir laissé dans Coïmbre une faible garnison, et ses blessés qui étaient en grand nombre. Mais la route ouverte par l'armée se refermait après son passage. Des corps francs, des milices, avaient pris les armes, et, guidées par des officiers anglais, elles interrompaient déjà nos communications avec l'Espagne; elles enlevaient les détachements et les hommes isolés: aussi arriva-t-il que, à peine l'armée éloignée, les milices reprirent Coïmbre, et firent prisonniers les blessés et les troupes de la garnison. C'était le commencement de tous les maux et de tous les désastres qui attendaient l'armée française.

De tout temps, le système de défense des Portugais a été d'évacuer leurs habitations à l'approche de l'ennemi. Leur organisation militaire, qui exerce son action sur toute la population, est très-favorable à cette mesure. Déjà, dans l'invasion de 1762, ils avaient agi ainsi. En 1810, pas un seul individu ne fut trouvé dans les villes; la désolation et le silence de la mort précédaient partout l'armée française. On arriva enfin devant les lignes de Lisbonne; on s'établit en face à portée de canon, la gauche à Villafranca, le centre à Alenquer, la droite à Atto, et le quartier général à Alenquer. L'effectif ne s'élevait plus qu'à quarante mille hommes d'infanterie et huit mille chevaux.

Pendant ces mouvements, le maréchal duc de Dalmatie, qui n'avait plus d'Anglais devant lui (Wellington avait rappelé le général Hill), reçut ordre de prendre l'offensive avec vivacité et de faire diversion pour empêcher les Espagnols, commandés par général la Romana, de suivre le même mouvement; mais il n'en tint compte pour le moment. Le corps de la Romana se rendit à Lisbonne.

Le général Caffarelli vint à Vitoria prendre le commandement des forces de Navarre et de Biscaye. Le général Drouet, avec le neuvième corps, composé de régiments de marche appartenant à ceux de l'armée de Portugal et du midi de l'Espagne, et fort de dix-huit mille hommes environ, vint s'établir à Salamanque, Rodrigo et Almeida, et plus tard il se plaça en échelons entre la frontière et l'armée, et rouvrit la communication avec l'armée de Portugal, qui était interceptée par dix mille hommes de milice réunis à Coïmbre, et occupant cette ville et les bords du Mondego.

Masséna trouva les lignes de Torres-Vedras terminées, garnies d'une immense artillerie et de troupes très-nombreuses. Toute l'armée portugaise y était réfugiée avec l'armée anglaise, et les forces étaient encore augmentées des milices de Lisbonne.

Masséna crut impossible d'y entrer de vive force. Il se contenta de les observer de très près. Peut-être que, sans l'échauffourée de Busaco, il aurait pu tenter la fortune; mais l'ardeur des troupes était calmée et la confiance détruite, circonstances opposées au succès d'une pareille entreprise.

Dans cette situation, Masséna avait plusieurs partis à prendre:

1° Attaquer les lignes;

2° Se retirer sur la frontière du Portugal et s'établir sur Almeida et Rodrigo;