«Cet état de choses ne changera entièrement qu'après la récolte, avec des principes d'administration plus raisonnables, et avec plus d'ordre qu'on n'en a mis jusqu'ici. D'ici à cette époque, l'armée sera dans la position la plus difficile qu'on puisse dépeindre, et il serait injuste d'attendre beaucoup d'elle. On ne peut rien faire ici qu'avec du temps: il faut créer ses moyens, les organiser, et pour cela il faut être à l'époque des ressources; malheureusement j'arrive ici quand elles sont épuisées.
«Il est possible que Sa Majesté ne soit pas satisfaite de mes raisons; mais j'avoue que je ne conçois pas la possibilité d'exécuter ce qui m'est prescrit sans préparer des désastres pour l'avenir. Si Sa Majesté en juge autrement, je lui renouvellerai avec instance la prière de me donner un successeur dans mon commandement, qui alors doit être confié en de meilleures mains.
«En attendant, je vais, conformément à ma lettre d'hier, faire tous mes efforts pour sauver Badajoz; si j'y parviens, quand les apparences indiqueront que l'ennemi renonce à toute offensive dans le Midi, je ramènerai alors toutes mes troupes dans la Vieille-Castille, et je ferai réoccuper les Asturies.
«J'espère au surplus qu'avant ce temps Sa Majesté m'aura soulagé d'un fardeau qui est au-dessus de mes forces.»
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
«Paris, le 28 février 1812.
«J'ai mis sous les yeux de l'Empereur, monsieur le duc, la lettre par laquelle vous témoignez le désir de suivre Sa Majesté dans le cas où elle entrerait en campagne.
«L'Empereur, monsieur le maréchal, me charge de vous faire connaître que vos talents lui sont nécessaires en Espagne, et que le bien de son service exige que vous restiez à la tête de l'armée que vous commandez.»
LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL.
«Valladolid, le 2 mars 1812.