«Napoléon.»
NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
«Dresde, le 1er octobre 1813,
quatre heures du matin.
«Mon cousin, vous nous avez pris douze cents quintaux de farine à Meissen. Renvoyez-nous-les. Le duc de Padoue a l'état de ce que Leipzig, Wurtzen et autres bailliages nous doivent fournir ici. Prenez toutes les mesures pour nous faire venir mille quintaux de farine par jour. Écrivez aux baillis. Envoyez des commissions et faites partir des convois. Nous avons aussi du riz qui nous appartient à Leipzig. Prenez des informations et faites-le partir. Enfin prenez des mesures pour nous approvisionner. Le duc de Padoue est au fait de la distribution que la régence a faite, entre tous les bailliages, pour les farines que chacun doit fournir. --Surtout ne retenez rien pour vous de tout ce qui doit nous être adressé à Dresde.
«Napoléon.»
LE MARÉCHAL NEY AU MARÉCHAL MARMONT.
«Pötnitz, le 1er octobre 1813.
«Mon cher maréchal, je viens de recevoir la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire hier de Leipzig. J'en ai également reçu une cette nuit du prince major général, en date du 29 septembre, par laquelle il me mande que l'Empereur désire que votre corps d'armée soit employé dans l'opération qui aura pour objet de faire lever le siége de Wittenberg. En attendant qu'elle ait lieu, je pense que la position qu'il serait le plus convenable de faire prendre à vos troupes, pour remplir le double but de couvrir Leipzig et de m'appuyer au besoin, serait de placer une de vos divisions à Düben, une autre à Bitterfeld et Delitzsch, et la troisième qui, avec la cavalerie du général Latour-Maubourg, couvrirait les communications de Dresde, pourrait être établie à Wurtzen. Dites-moi, mon cher maréchal, si vous jugez à propos de faire exécuter ce mouvement à votre corps d'armée, afin que, si vous y consentez, je puisse faire serrer sur moi les troupes que j'ai sur ces divers points, et qui me seront très-utiles pour resserrer et observer l'ennemi et l'empêcher de passer l'Elbe en corps d'armée. Je pense que le général Dalton se décidera enfin bientôt à envoyer d'Erfurth à Leipzig les troupes dont il peut disposer, et qui sont au nombre de douze mille hommes, et que dès lors M. le duc de Padoue n'aura plus besoin de votre appui ni du mien pour conserver cette ville.
«Nous ouvrons la tranchée devant la tête de pont de l'ennemi, entre la droite de la Mulde et la gauche de l'Elbe, et nous élevons des batteries: déjà tous ses postes sont rentrés, et nous sommes à quatre cents toises de ses ouvrages; j'espère que demain nous nous en serons approchés à deux cents. Lorsque cette opération sera terminée sur cette rive de la Mulde, je la ferai faire également sur la rive gauche. Je fais aussi établir sur cette rivière un pont de bateaux à six cents toises de la tête de pont, afin que mes troupes puissent rapidement passer d'une rive à l'autre et se soutenir au besoin. On s'occupe également à retrancher les points principaux de Dessau, de manière à mettre cette ville à l'abri d'un coup de main et à en faire une espèce de tête de pont. Woronzow et Czernitchef sont toujours entre Acken et Dessau avec quelques détachements d'infanterie. Mais ce ne sera que lorsque j'aurai mis l'ennemi dans l'impossibilité de déboucher par Roslau que je pourrai m'occuper de forcer ces partisans à évacuer le pays entre la Saale et la Mulde. Le camp principal de l'ennemi est toujours à Roslau et le quartier général du prince de Suède à Zerbst.
«Maréchal prince de la Moskowa.»