NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
«Dresde, le 3 octobre 1813.
«Mon cousin, tous les bruits que l'on fait courir sont controuvés. Il n'y a pas de corps d'armée ennemi sur Géra; il n'y en a pas sur Altenbourg: il n'y a de ce côté que le corps de l'hetman Platow et de Thielmann. Il faut mettre une grande circonspection dans vos mouvements. Avant tout, il faut soutenir le prince de la Moskowa. Le roi de Naples, avec le deuxième, le cinquième et le huitième corps, qui sont entre Freyberg, Chemnitz et Altenbourg, se trouve, dans l'ordre naturel, opposé à tout ce qui arriverait de Bohême. D'ailleurs, un officier que vous m'enverriez en poste pourrait, en moins de vingt heures, vous rapporter ma réponse. Je vous le répète: couvrir Leipzig, puisque vous y êtes, empêcher le passage de l'Elbe de Wittenberg à Torgau, secourir Torgau, appuyer le prince de la Moskowa, voilà le premier but que vous devez vous proposer: le reste viendra après. J'attends aujourd'hui des nouvelles du prince Poniatowski et l'arrivée de mes troupes à Chemnitz, ce qui me mettra à même de prendre un parti.
«Napoléon.»
NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
«Dresde, le 3 octobre 1813.
«Mon cousin, le prince Poniatowski est arrivé à Altenbourg le 2 octobre.--Voici ce qui s'est passé:--Dans les premiers jours de septembre, le colonel Münsdorf est arrivé à Altenbourg avec un détachement de mille à onze cents chevaux.--Thielmann est venu le rejoindre avec trois mille chevaux. D'Altenbourg, ces troupes poussèrent des partis sur Zeitz, Borna, Freybourg, Weissenfels, Mersebourg et Géra. Le général Lefebvre-Desnouettes les repoussa, les rejeta sur Altenbourg, et ensuite sur Zwickau. Mais, le 28, l'hetman Platow déboucha sur Altenbourg avec ses Cosaques, trois mille hommes d'infanterie autrichienne et deux mille cavaliers autrichiens. Le général Lefebvre fut attaqué de front dans le temps que Thielmann le tournait sur Zeitz. Le 28 au soir, Platow était de retour à Altenbourg; le 29, Thielmann y était également revenu. Platow rentra avec sa troupe à Chemnitz, en partie le 29 et en partie le 30.--Thielmann et le comte Münsdorf restèrent à Altenbourg; mais, le 2, au moment où ils faisaient leur mouvement de retraite sur Zwickau, la cavalerie du prince Poniatowski les chargea, leur sabra cinq à six cents hommes, et fit trois cents prisonniers. En faisant ses adieux aux magistrats d'Altenbourg, Thielmann leur a dit qu'il jugeait que les Français venaient sur lui, que la ville serait occupée par eux, et qu'il s'en allait. Il paraît que l'infanterie autrichienne que Platow avait sous ses ordres était du corps de Klenau; que ce corps de Klenau n'est que de six mille hommes de cavalerie et au plus de quinze mille hommes d'infanterie; qu'il occupe Chemnitz, Marienberg et Augustenbourg.--Le prince Poniatowski occupe Frohbourg et Windischleybe.--J'attends à chaque instant des nouvelles de l'entrée du roi de Naples à Chemnitz. Vous voyez donc que le mouvement de vingt mille Autrichiens sur Altenbourg est controuvé.--Faites mettre dans les journaux de Leipzig que le général Thielmann a été battu par le prince Poniatowski, qui lui a fait six cents prisonniers et lui a tué et sabré beaucoup de monde.
«Napoléon.»
LE MARÉCHAL NEY AU MARÉCHAL MARMONT.
«Pötnitz, le 3 octobre 1813