«Mon cher maréchal, je reçois votre lettre d'hier.
«L'Empereur m'a écrit, le 1er, pour me faire connaître l'emplacement des corps d'armée. Sa Majesté pense que l'ennemi pourrait déboucher de la Bohême par Marienberg. J'attends des nouvelles du général Bertrand, qui est parti de Worlitz dans la nuit du 1er au 2 pour se rendre à Wartenbourg, afin de rejeter sur la rive droite des détachements prussiens du corps de Borstell, qui travaillent au rétablissement du pont vis-à-vis d'Elster. On a entendu hier le bruit du canon dans cette direction. Ma ligne est bien étendue, et je ne pourrais opposer qu'une faible résistance aux mouvements de l'ennemi s'il débouchait par son pont de Roslau. Les ouvrages qui couvrent ce pont sont tellement forts et si bien armés, que je ne puis raisonnablement entreprendre de les forcer. Le général Dabrowski quitte Delitzsch pour s'établir à Dessau. Le général Fournier occupe Raguhn et envoie des reconnaissances sur Delitzsch et Düben. Si je parviens à resserrer l'ennemi dans ses ouvrages de manière à ce qu'il ne puisse pas déboucher, alors je tâcherai de chasser les partis qui se trouvent entre la Saale et la Mulde. Si Czernitcheff est en marche sur la Westphalie, il reste également ici beaucoup de cavalerie légère sous les ordres de Woronzow.
«Maréchal prince de la Moskowa.»
LE MARÉCHAL NEY AU MARÉCHAL MARMONT.
«Pötnitz, le 3 octobre 1813,
cinq heures du soir.
«Le général Bertrand m'écrit ce matin de Wartenbourg à onze heures; il est aux prises depuis sept heures avec l'ennemi, qui attaque vigoureusement et auquel il suppose beaucoup de forces. Il me paraît bien important que vous fassiez occuper fortement le point de Düben, afin que, si l'ennemi forçait ma droite, il ne puisse pas arriver sans obstacle à Leipzig. C'est d'ailleurs dans cette position de Düben que vous seriez en mesure de me soutenir, suivant l'ordre que l'Empereur m'annonce, par sa lettre d'avant-hier, qu'il vous en a donné.
«Maréchal prince de la Moskowa.»
LE MARÉCHAL NEY AU MARÉCHAL MARMONT.
«Bitterfeld, le 4 octobre 1813,
deux heures de l'après-midi.
«Mon cher maréchal, l'armée ennemie de Silésie, après avoir marché presque sans interruption pendant cinq jours et cinq nuits, a jeté un pont sur l'Elbe, vis-à-vis Elster, dans la nuit du 2 au 3, et a attaqué hier, à sept heures du matin, le général Bertrand, qui occupait la forte position de Wartenbourg, et qui, après s'être battu depuis sept heures du matin jusqu'à six heures du soir, et après avoir fait éprouver à l'ennemi une perte considérable, a dû se replier sur Klitzschena. Ma droite se trouvant ainsi tournée par des forces très-supérieures, et pouvant être attaquée sur les deux rives de la Mulde par l'armée du prince de Suède, il m'a paru indispensable de me retirer sur Delitzsch. Il est de la dernière importance que l'Empereur prenne sur-le-champ un parti décisif: car, d'ici au 6, l'ennemi peut diriger plus de cent mille hommes sur Leipzig. Les prisonniers faits par le général Bertrand appartiennent aux corps de Langeron, Kleist et Sacken. La perte du quatrième corps n'est pas considérable, parce que les troupes étaient avantageusement postées derrière des digues et des abatis; mais la division wurtembergeoise, qui était de quatorze cents hommes et qui défendait le village de Blodding, a été presque entièrement détruite.