«Le général Régnier m'a rendu compte que vos troupes avaient entièrement évacué Eulenbourg hier au soir; je lui ai ordonné d'y envoyer mille à douze cents hommes pour la garde du pont, qui devient un débouché important, en ce moment où l'arrivée des renforts que l'Empereur conduit en personne annonce que nous allons reprendre l'offensive.
«Les Cosaques qui étaient hier à Wurtzen y ont laissé une proclamation qui annonce aux Saxons que le général Blücher marche sur Leipzig avec soixante mille hommes, et que l'armée française est détruite.
«Maréchal prince de la Moskowa.»
LE MARÉCHAL MARMONT À NAPOLÉON.
«6 octobre 1813, quatre heures
«Sire, j'ai eu l'honneur de rendre hier au soir à Votre Majesté un compte détaillé de ma position. En conséquence, je ne l'en entretiendrai pas encore une fois. Je prendrai la liberté seulement, au nom du bien du service, de lui dire qu'il est de la plus grande urgence qu'elle vienne ici; car, si elle ne vient pas, nous allons faire de la mauvaise besogne, je ne puis en douter aux dispositions que je vois prendre. Le premier ordre que je reçois, si je l'exécutais, compromettrait l'armée de la manière la plus éminente, car il n'a été le résultat d'aucune espèce de calcul, ni de temps, ni d'opération. Je n'entre pas dans de plus grands détails pour ne pas fatiguer Votre Majesté. Je me borne à lui réitérer l'assurance que rien ne serait plus fâcheux pour son service que de voir la direction des opérations, dans la position délicate où nous sommes, confiée aux mêmes mains.»
LE MARÉCHAL MARMONT À NAPOLÉON.
«8 octobre 1813 soir.
«Sire, je reçois la lettre de reproches que Votre Majesté a chargé le major général de m'écrire. Nous serions restés sur la Mulde sans difficulté, et nous y serions encore, sans les étranges combinaisons du prince de la Moskowa, les craintes exagérées, plus étranges encore, qu'il a eues de l'ennemi.
«Je n'ai quitté Düben que vingt quatre heures après que les troupes qui étaient à ma hauteur s'étaient retirées. Je n'ai quitté Hohen-Priegnitz que lorsque les troupes du prince de la Moskowa étaient depuis longtemps en marche sur Wurtzen. «Sentant la nécessité de couvrir Leipzig, j'ai demandé avec instance au prince de la Moskowa de s'y rendre, et je serais resté à Eulenbourg pour garder les passages de la Mulde et rallier le troisième corps, quoique ce mouvement fût naturel au prince de la Moskowa, puisqu'il était plus à portée que moi; il s'y est refusé formellement et a persisté à se porter sur Wurtzen, trouvant apparemment qu'il n'était en sûreté que là.