«Mon cousin, je reçois votre lettre d'aujourd'hui 13, à trois du matin, par laquelle vous m'annoncez que vous serez à huit heures à Hohleim.--Je pense qu'il est nécessaire que vous ne vous massiez en ligne sur la rive gauche de la Partha qu'autant que le roi serait attaqué; mais ce serait une grande faute que de vous porter en ligne sur la rive gauche de la Partha, puisqu'on peut avoir à craindre que Blücher ne vienne à déboucher par Halle ou par quelque autre point. Je pense donc que vous devez reconnaître la position de Brettenfeld et la ligne de la Partha jusqu'à Taucha, et avoir des avant-gardes sur Skindits ainsi que sur la route de Landsberg. Par ce moyen vous vous déploieriez promptement, la gauche à l'Elster et la droite à la Partha, pour recevoir ce qui viendrait par ces chemins. Reconnaissez bien cette position. Ayez trois ponts sur la Partha, pour déboucher rapidement sur la rive gauche s'il en était besoin; mais tenez votre cavalerie dans les directions de Halle et de Landsberg. Battez les routes de Delitzsch et de Düben, afin de maintenir toutes ces communications parfaitement libres.--Toute ma garde arrive ici dans la journée, et je suppose que la tête arrivera aujourd'hui sur Lindenhain ou sur Hohleim.--À mesure que les autres corps d'armée arriveront, on les placera autour de Leipzig, la garde au centre en réserve.--Si vous étiez placé en ligne sur la gauche de la Partha, et qu'il fallût vous porter contre quelque chose qui viendrait du côté de Blücher, cela dérangerait toute la ligne et serait du plus mauvais effet. Il est important que l'armée de Silésie n'approche pas à deux lieues de Leipzig.--Vos trois divisions peuvent être très-espacées, avec les bonnes troupes qui les composent. Le temps de reconnaître la position qu'elles occuperont donnera celui nécessaire pour se mettre à l'abri de toute attaque. Mon intention est que vous placiez vos troupes sur deux rangs au lieu de trois. Le troisième rang ne sert à rien au feu, il sert encore moins à la baïonnette. Quand on sera en colonnes serrées par bataillon, trois divisions formeront six rangs et trois rangs de serre-file. Vous verrez l'avantage que cela aura. Votre feu sera meilleur; vos forces seront tiercées. L'ennemi, accoutumé à nous savoir sur trois rangs, jugera nos bataillons plus forts d'un tiers.--Donnez les ordres les plus précis pour l'exécution de la présente disposition.

«Napoléon.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Düben, le 13 octobre 1813,
une heure du matin.

«Monsieur le duc de Raguse, l'Empereur me charge de vous donner l'ordre d'être rendu aujourd'hui, 13, à sept heures du matin, à trois lieues de Leipzig, et de prendre les ordres du roi de Naples pour votre position, pour entrer en ligne. Ne perdez pas un instant pour exécuter l'ordre de Sa Majesté, et envoyez à l'avance un officier au roi de Naples pour lui faire connaître votre marche.

«Pour le prince vice-connétable, major général,

«Le général de division, chef de l'état-major,

«Comte Monthion.»

NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.

«Rettuis, le 14 octobre 1813,
six heures du soir.