«Alors je réunis mes troupes, et je pris position à Entritz et à Göhlis.

«Ainsi, les troupes du sixième corps ont résisté, pendant cinq heures, à des forces quadruples, et la victoire eût été le prix de nos efforts, malgré la disproportion des forces, si les ordres que Sa Majesté avaient donnés pour le secours à m'envoyer eussent été exécutés.

«J'ai eu dans cette circonstance extrêmement à me louer des généraux et officiers supérieurs, mais je dois faire une mention particulière du général Lagrange, qui a beaucoup combattu au commencement de l'action, et du général Cohorn, qui a soutenu tous les efforts de l'ennemi à la fin de la journée. Nous avons fait de grandes pertes, mais l'ennemi en a dû faire d'énormes. Des prisonniers, faits depuis, les portent à dix mille hommes.

«Le lendemain matin, je repassai la Partha pour me lier à l'armée. Le 17 fut employé à réparer le désordre qu'une affaire aussi chaude avait dû nécessairement causer, et à mettre les troupes en état de combattre.

«Le 18 au matin, le sixième corps était concentré dans les environs de Schönfeld, observant par des détachements les bords de la Partha, défendant les gués et les différents passages. L'ennemi avait manoeuvré pendant la nuit pour se porter sur Taucha. Il y passa la Partha, et descendit cette rivière. Lorsqu'il fut à la hauteur de Neutsch et de Naundorf, les postes qui défendaient ces passages se replièrent sur moi, et j'établis ma ligne, la gauche à Schoenfeld, la droite dans la direction du village de Paunsdorf.

«Mais la défection des Saxons ayant forcé le général Régnier à évacuer Paunsdorf, et à se rapprocher de Leipzig, je pris une nouvelle ligne, la gauche à Schoenfeld, la droite dans la direction du village de Wolkmansdorf, et, après avoir fait établir mes masses en échiquier et border leur front de toute mon artillerie, j'attendis l'ennemi sans inquiétude.

«À l'armée de Silésie, que j'avais combattue l'avant-veille, se trouvait réunie l'armée suédoise; mais, cette fois, j'étais soutenu par le troisième corps qui fournit même une division, commandée par le général Delmas, pour compléter ma ligne.

«L'ennemi déploya devant nous cent cinquante bouches à feu, en même temps qu'il fit attaquer le village de Schoenfeld avec la plus grande vigueur. Sept fois l'ennemi parvint à s'emparer de la plus grande portion de ce village, et sept fois il en fut chassé. C'était encore la division commandée par le général Lagrange, et un détachement de la troisième, qui eurent la gloire de la défense de ce village, et jamais troupes ne se sont comportées d'une manière plus héroïque, car elles comptaient pour rien le nombre de leurs ennemis.

«Les troupes de la troisième division, qui occupaient la ligne en plaine, furent exposées au feu de mitraille le plus épouvantable, sans imaginer, pendant neuf heures, de faire un pas rétrograde. À la fin de la journée, notre artillerie démontée et nos munitions épuisées permirent à l'ennemi d'approcher tellement son immense artillerie, que la position n'était plus tenable, ce qui força à prendre position un peu en arrière. Mais l'artillerie du troisième corps arriva, et la division Ricard se porta rapidement à la position que nous venions de quitter, et chassa une huitième fois l'ennemi du village de Schoenfeld. Ainsi finit cette glorieuse journée.

«Je ne connais pas d'éloges dont ne soient dignes des troupes aussi braves, aussi dévouées, et qui, malgré les pertes qu'elles avaient éprouvées l'avant-veille, n'en combattaient pas avec moins de courage.