«L'Empereur m'avait donné l'ordre de passer en revue et d'organiser les deux divisions de marche de cavalerie qui sont attachées à mon corps d'armée. Ces troupes, arrivant plus tard que Sa Majesté ne l'avait pensé, et mon départ étant devenu nécessaire, je ne pourrai pas remplir cette mission.

«Je crois qu'il est de mon devoir de vous prier de représenter à Sa Majesté qu'elle ne doit pas considérer mon corps d'armée, dans l'état actuel des choses, comme en état de combattre. Elle en connaît la situation d'après le rapport que j'ai eu l'honneur de lui faire; mais je vais entrer encore à cet égard dans quelques détails.

«1° Les corps sont sans officiers, et de vieilles troupes bien instruites ne seraient pas capables de marcher avec un si petit nombre d'officiers pour les conduire, et à plus forte raison des nouvelles. Les corps ont envoyé des mémoires de proposition pour tous les sujets susceptibles d'occuper les emplois; de ces mémoires, envoyés depuis plusieurs mois au ministre, et en duplicata par moi, il n'en est pas revenu un seul.

«Il y a environ quatre-vingts emplois pour lesquels les corps ne peuvent pas présenter de sujets. Sa Majesté a ordonné d'envoyer sur les deux corps d'observation du Rhin un assez grand nombre d'officiers. Tous ont été envoyés au premier corps, et il ne m'en est revenu que neuf chefs de bataillon qui ont été placés. Il y en a, à Mayence, que j'ai demandés et qui n'arrivent pas, entre autres le colonel Deschamps, à qui j'ai fait donner l'ordre de venir commander le 2e régiment de marine, et dont je n'entends pas parler.

«Si Sa Majesté veut que ces troupes s'organisent promptement, il faut qu'elle m'autorise à faire recevoir, dans les corps, les sujets pour lesquels il a été envoyé des mémoires de proposition.

«2° Les première et deuxième divisions ont seules leur artillerie. La troisième n'a ni un canon ni un caisson de cartouches.

«3° Je n'ai pas un seul homme de cavalerie. Il me semble qu'il faudrait prendre, sur les deux divisions qui se forment, un millier de chevaux les plus en état de servir, pour que je ne fusse pas tout à fait dépourvu des moyens de m'éclairer.

«4° C'est depuis avant-hier seulement que nous connaissons ici le décret de l'Empereur relatif aux ambulances, et les corps n'ont eu encore ni le temps ni l'argent pour se procurer les chevaux de bât.

«5° Tous les corps manquent tout à fait de chirurgiens.

«6° Il n'y a, pour tout le corps d'armée, qu'un seul adjoint à l'état-major. Il n'existe pas un commissaire des guerres, ni aux divisions, ni au quartier général.