«Faites partir, à cinq heures du matin, les cinq bataillons de la division Durutte, qui sont avec le général Bonnet, pour se rendre à Mersebourg joindre leur division sans artillerie. Prévenez le vice-roi, par courrier, de l'heure à laquelle ils arriveront à Mersebourg. Les quatorze bouches à feu de la division Durutte resteront à la réserve de votre corps jusqu'à nouvel ordre. Le vice-roi aura soixante mille hommes ce matin, 1er mai, à mi-chemin de Mersebourg à Leipzig. Approchez vos divisions le plus possible de Weissenfels, afin de pouvoir soutenir le maréchal Ney si cela était nécessaire. Je n'ai pas encore de nouvelles du général Marchand, qui devait passer à Stossen. Je n'en ai pas davantage du général Bertrand. Si vous en avez, donnez-m'en. L'un et l'autre devaient venir par Camburg. J'ai donné l'ordre au maréchal Mortier de se porter par la rive gauche de la Saale, en passant sur le pont que j'ai fait construire près de Naumbourg, avec la division de la garde pour se rendre à Weissenfels. Par ce moyen, Naumbourg sera tout à fait libre. Vous y pourrez placer votre troisième division. Ce mouvement par la rive gauche rendra aussi la rive droite, pour vos divisions, très-libre.
«Si vous n'avez pas de nouvelles des généraux Bertrand et Marchand, envoyez un officier à Camburg pour en avoir.
«Napoléon.»
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
«Lutzen, le 1er mai 1813.
«Le quartier général de l'Empereur est ce soir à Lutzen. La journée a été fort belle. La jonction avec l'armée de l'Elbe a eu lieu près Lutzen. L'ennemi, qui a montré une nombreuse cavalerie, a constamment été repoussé par notre infanterie dans des plaines immenses, et a eu beaucoup de monde tué par notre canon. Nous n'avons perdu qu'une centaine d'hommes; mais une perte bien sensible a été faite. Un boulet a coupé le poignet et traversé les reins à M. le maréchal duc d'Istrie, qui est mort à l'instant même sur le champ d'honneur. C'est le premier coup de canon tiré par l'ennemi. L'armée et toute la France partageront les vifs regrets de l'Empereur.
«Le prince de Neufchâtel, major général.
«Alexandre.»
NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
«Weissenfels, 1er mai 1813,
huit heures du matin.